• Le tombeau de Robert Courteheuse (XIVe siècle) dans la cathédrale de Gloucester
     Henri Ier, le troisième fils de Guillaume le Conquérant, agit rapidement à la mort de son frère Guillaume le Roux le 2 août 1100. Il s'empara immédiatement du trésor royal à Winchester et se fit couronner à Westminster le 5 août. Les mariages princiers étaient un moyen privilégié de renforcer le pouvoir royal, et, dans le but de garantir ses frontières en Angleterre, Henri, saisit l'occasion d'une alliance avec l'Écosse et épousa Edith (dite Mathilde), fille du roi Malcolm Canmore. Mais Edith était une femme très pieuse, ce qui explique peut-être pourquoi le roi Henri eut de nombreuses maîtresses.

    Henri fut surnommé "Beauclerc" en raison des réformes qu'il entreprit dans l'administration de son royaume, au moins en partie pour financer ses guerres en Normandie. Cette activité le conduisit à de fréquents voyages entre l'Angleterre et la Normandie. Son plus grand rival fut son frère aîné Robert, qui réclama le duché de Normandie à son retour des Croisades. Robert fut vaincu et capturé par Henri lors de la bataille de Tinchebray en 1106. Mais la Normandie resta le théâtre de conflits qu'Henri tenta de résoudre en contractant de nouvelles alliances. Son fils Guillaume épousa la fille du comte d'Anjou, vieil ennemi des ducs de Normandie. Mais Henri dut aussi affronter le roi de France qui fut vaincu à la bataille de Brémule en 1119.

    A la mort de son seul fils légitime, Guillaume, qui périt noyé en 1120, Henri fit de sa fille Mathilde son héritière. Veuve de l'empereur germanique, Mathilde épousa en secondes noces, Geoffroi, lui même héritier du comte d'Anjou. Mais Henri mourut en 1135 et son neveu Etienne, comte de Mortain, lui succéda.


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  • Penny d'argent de Henri I
    Henri fut un roi puissant et rude, qui dut faire face à de nombreux défis militaires, surtout en Normandie. Cette situation fit évoluer les rapports du roi et de ses barons, car, contrairement à son père, Henri n'avait pas tant besoin d'eux pour le service militaire que pour des aides destinées à payer des mercenaires. La tentative de Robert, le frère aîné d'Henri, de reprendre le pouvoir en Normandie s'acheva en 1105-1106 par l'invasion de la Normandie par Henri et par la défaite et la capture de Robert à la bataille de Tinchebray. Robert demeura prisonnier au château de Cardiff jusqu'à sa mort 28 ans après.

    Les besoins d'argent du roi Henri eurent pour conséquence une très forte augmentation des actes du gouvernement, ce qui nécessita la création de nouveaux offices, tels celui de Grand Justicier, tenant le rôle de vice-roi en son absence. C'est pendant le règne d'Henri que les comptes royaux furent pour la première fois archivés sur des parchemins cousus ensemble puis conservés en rouleaux ("Pipe Rolls").


    Au début du règne d'Henri des frictions se manifestèrent entre la maison royale et l'Église d'Angleterre, à la tête de laquelle se trouvait toujours Anselme, archevêque de Cantorbéry. L'Église s'opposait aux prétentions du roi à désigner les évêques et autres grands dignitaires ecclésiastiques, sans se soumettre à son autorité. Cette rivalité ne la détourna cependant pas d'un important programme de construction : les meilleurs exemples d'architecture romane anglaise appartiennent à l'époque du règne d'Henri Ier.


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  • Le donjon de Brionne, fief de la famille de Meulan,
    rebelle à l'autorité de Henri Ier.
    Galeran de Meulan y fut assiégé en 1124 par le duc-roi.
     

    Vainqueur à Tinchebray Henri Ier Beauclerc a convoqué les barons et les prélats normands à Lisieux pour un concile de paix qui marque aussi sa prise de pouvoir (1106). Mais malgré les sévères punitions infligées aux rebelles, la Normandie resta le théâtre d'épisodes troublés.

     

     

     

    La première phase de conflits qui suivent la défaite de Robert Courteheuse permet pourtant à Henri de rétablir la paix. L'ennemi intérieur, la maison de Bellême est enfin soumise (1112) et des accords sont trouvés avec le roi de France Louis VI qui reconnaît au duc de Normandie la suzeraineté sur le Maine et la Bretagne.

    Avec la maison d'Anjou, Henri reprend la politique d'alliances matrimoniales inaugurée avec l'autre grande dynastie rivale des Normands, les comtes de Blois. Adèle, fille de Guillaume le Conquérant avait épousé Etienne-Henri, comte de Blois. De même Henri Ier arrange les fiançailles de son fils unique, Guillaume Adelin et de Mathilde, fille de Foulques d'Anjou (1112-1113). Sage en apparence, pour garantir les frontières, cette politique porte en germe la prochaine crise de succession. Deux puissantes maisons, Blois et Anjou, ont acquis la possibilité d'entrer dans l'ordre de succession au duché de Normandie.

    Les barons normands n'ont cependant pas renoncé à contester l'autorité du duc-roi. Les droits au titre de duc de Normandie de Guillaume Cliton, fils exilé de Robert Courteheuse, leurs servent de prétexte pour refuser l'obéissance à Henri. Encore une fois, Henri n'hésite pas à faire incendier une de ses villes cathédrales pour en chasser les rebelles (Evreux, 1119). La coalition menée par le roi de France est vaincue à la bataille de Brémule en 1119 mais un dernier soulèvement doit encore être réprimé entre 1122 et 1124.

    Henri tient son frère Robert prisonnier et refuse tout droit à son neveu Guillaume Cliton. La légitimité de ces actes est mise en cause devant la justice du Pape. En 1119, le roi d'Angleterre a du se justifier devant lui, à Gisors et a obtenu gain de cause en raison de son action en faveur de l'Eglise sur laquelle il appuie son autorité, à l'image de son père, Guillaume le Conquérant.


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  • Henri I représenté en fondateur de l'abbaye de Reading.

    Le règne de Henri Ier marque une période d'apogée de l'art roman. La Normandie voit l'aboutissement des grands chantiers commencés à la fin du XIe s. à Rouen, Fécamp, Caen ou Avranches … 
    Les destructions occasionnées par les guerres entre Henri Ier et les partisans de Robert Courteheuse sont suivies de reconstructions, dont la plus notable est celle de la cathédrale de Bayeux, incendiée dans la ville assiégée par Henri Ier en 1105. Enfin, de nouveaux chantiers importants sont ouverts comme à Saint-Georges de Boscherville, mais le règne de Henri Ier se caractérise également par le grand nombre de sanctuaires ruraux, bâtis ou rebâtis, en Cotentin, Bessin, Pays de Caux, ou dans le sud du duché autour de Sées, Alençon, Domfront.

    En Angleterre, épargnée par les combats, l'architecture anglo-normande connaît des développements originaux à Ely, Peterborough, Romsey, Winchester, Canterbury, Norwich !
    Les premières voûtes sur croisée d'ogives sont expérimentées dans la cathédrale de
    Durham. Une plus grande place est accordée au décor sculpté qui développe des figures géométriques, ou inspirées de l'art de l'enluminure, ou bien encore de résurgences de thèmes nordiques. Cette tendance marque les nombreux chantiers ouverts des deux côtés de la Manche.

    Si le roi Henri ne fut pas lui-même un grand bâtisseur d'églises - à l'exception de sa fondation de l'abbaye de Reading - il intervient plus directement dans le domaine militaire. Après avoir ordonné la destruction des châteaux construits au mépris de l'autorité ducale à l'assemblée de Lisieux en 1106, il développe une politique de puissance qui se manifeste dans de nouvelles réalisations. Les donjons d'Arques, de Falaise et de Caen construits entre 1115 et 1130 contribuent à la diffusion du modèle du donjon quadrangulaire né dans les régions de la Loire moyenne et largement reproduit dans le domaine anglo-normand sous Henri Ier et ses successeurs. A Caen, la construction du donjon est accompagnée de l'édification d'un vaste hall palatial, la Salle de l'Echiquier, où, à partir du règne de Henri Ier, le duc-roi tient régulièrement sa cour.

    Enfin, le roi fait aussi étalage de son prestige par des dons importants à de grands chantiers situés hors de ses domaines, à Marmoutiers, Chartres ou encore pour l'abbatiale de Cluny dédicacée en 1130.


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  • Malgré la mise en place d'institutions chargées d'assurer la continuité du pouvoir, comme la charge de Grand Justicier, la présence régulière du duc-roi à sa cour dans les différentes parties de ses états reste indispensable.

    La situation sous le règne d'Henri est exactement inverse à celle du temps de Guillaume le Conquérant. L'Angleterre est pacifiée, c'est la Normandie et sa frontière sud qui sont périodiquement en guerre.

    Henri a passé 17 années de son règne de 30 ans en Normandie, et 13 en Angleterre mais ces périodes sont entrecoupées d'une vingtaine d'aller et retour pour des durées de quelques mois à un ou deux ans, exceptionnellement plus.

    Tous les souverains de son temps sont contraints à ces transports réguliers de leur cour ou de leurs armées, mais pour le duc de Normandie, roi d'Angleterre, la distance à parcourir va de la frontière de l'Écosse à celle du Maine, par delà la mer.

    Quand en novembre 1135, Henri meurt en Normandie, la couronne d'Angleterre est à celui des prétendants qui le premier passera la mer : son neveu Etienne.


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