• Gisant de Henri II, Abbaye de Fontevraud

    Henri II accéda au trône d'Angleterre en 1154, mais le royaume ne représentait qu'une partie d'un ensemble qu'on désigne souvent sous le nom "d'Empire angevin" ou "Etat Plantagenêt" et qui comprenait de nombreux domaines en France, dont l'Anjou, la Normandie et les terres tenues dans le sud-ouest du mariage d'Henri II avec Aliénor d'Aquitaine en 1152. C'était l'occasion de frictions continuelles entre le roi de France et Henri, son plus puissant vassal.

    Henri marqua ses contemporains qui, pour la plupart, le détestaient et craignaient autant son habileté que sa colère. Après les troubles du règne d'Etienne, Henri tenait à faire valoir les droits de la couronne tant sur ses barons que sur l'Église. Il s'attacha également à la réforme du système judiciaire.

    Les rapports du roi Henri avec l'Église d'Angleterre s'envenimèrent à la suite du meurtre de Thomas Becket, l'archevêque de Cantorbéry. Becket s'était opposé aux vues du roi sur les droits de l'Église. Cette querelle atteignit son point culminant en 1170 quand Henri fit couronner son fils Henri "le Jeune" par l'archevêque d'York. Dans sa colère Henri II exprima le souhait de se débarrasser définitivement de Becket. Quatre chevaliers le prirent au mot et assassinèrent l'archevêque dans sa cathédrale.

    En 1170, Henri II se préoccupa de voir les barons anglo-normands se constituer en Irlande des domaines échappant à son autorité. Henri décida d'envahir l'Irlande et accepta la soumission des chefs irlandais comme des barons anglo-normands à Dublin en octobre 1171. La voie était ouverte pour une période de colonisation anglo-normande de l'île.

    Henri ne permettait guère à ses fils de s'occuper des affaires de son royaume, ce qui les incita à fomenter une révolte en Normandie en 1173, soutenus par leur mère Aliénor d'Aquitaine et par le roi de France, Louis VII. Le successeur de ce dernier, Philippe Auguste, essaya aussi de semer la discorde entre le père et ses fils ; les choses s'aggravèrent à la mort d'Henri le Jeune en 1183. Le conflit n'avait pas trouvé de solution à la mort d'Henri en 1189, alors que ses fils, Richard et Jean, avaient accordé leur soutien à Philippe Auguste contre leur père.


    votre commentaire
  • Château de Norham (Northumberland), donjon du XIIe s.
    Roi d'Angleterre, Henri II avait hérité d'un pays pacifié où il était déterminé à établir un gouvernement stable et à restaurer ce qu'il considérait comme ses droits légitimes sur l'Église et sur les barons, droits qui s'étaient perdus dans l'anarchie du règne d'Etienne. Henri insistait sur le respect des lois, en particulier sur celles qui régissaient les crimes de sang et les atteintes à la propriété. Il imposa des contacts plus soutenus entre la justice royale et les jurys populaires, jetant les  bases sur lesquelles est encore établi le système judiciaire britannique. La restauration de l'ordre et de la justice créa un climat propice au développement de l'économie, particulièrement favorable aux villes anglaises.

    Sur les frontières de son "empire", Henri devait repousser les ambitions territoriales de ses ennemis dans le Pays de Galles, en Écosse et en Normandie. Dans le nord du Pays de Galles, le puissant chef Owain Gwynedd, alors à l'apogée de son pouvoir, fut contraint à la soumission, tandis que dans le sud, Rhys ap Gryffydd, dut abandonner les terres qu'il avait conquises pendant le règne d'Etienne. A l'époque de la révolte des fils d'Henri, en 1173, le roi d'Écosse Guillaume "le Lion" tenta de s'emparer de la Northumbrie mais fut fait prisonnier à Alnwick et contraint d'abandonner ses revendications. On continua l'entreprise de fortification des frontières, notamment par la construction de châteaux de pierre, comme les donjons de Newcastle et Norham.


    votre commentaire
  • Robert Wace remettant le manuscrit du " Roman de Rou  (Rollon)" à Henri II.

    Henri II Plantagenêt est roi d'Angleterre et le plus puissant vassal du roi de France dont il tient plus de la moitié du royaume. S'il repose sur une certaine continuité territoriale du nord de l'Angleterre au sud de la France, "l'Empire Angevin" est composé de pièces disparates, chacune gardant son originalité, ses traditions et sa culture, à tel point qu'il est préférable de parler d'un état, ou même des "états plantagenêt", plutôt que d'un pouvoir monarchique centralisé, moins encore d'un "empire".

    La Normandie où Henri séjourne fréquemment est le pivot de l'état féodal constitué par le Plantagenêt. Cette situation profite notamment à la ville de Caen, bien placée sur ses itinéraires, dont le château est siège de la cour de l'Échiquier et du Trésor royal. Des ducs de Normandie Henri a repris l'habitude de s'occuper des affaires de Bretagne à laquelle il impose sa tutelle. Mais il n'hésite pas non plus à employer les forces du duché dans de plus lointaines aventures. En 1159, il demande le service féodal à ses grands barons pour aller tenter de soumettre à son autorité le comté de Toulouse.

    Le Plantagenêt hérite aussi du conflit avec le roi de France sur le partage du Vexin. Henri Il a du abandonner le Vexin normand au moment de prêter l'hommage à Louis VII pour le duché de Normandie. Il parvient à le reprendre en 1160 dans la dot de Marguerite de France mariée à son fils Henri le Jeune. En 1169, quand Henri II conclut une nouvelle paix avec le roi Louis VII, il esquisse un partage de ses états. Il garde la couronne d'Angleterre, remet à son fils Henri le Jeune, la Normandie, le Maine et l'Anjou, l'Aquitaine à Richard et la Bretagne à son autre fils Geoffroy. Tombé gravement malade Henri II confirme ce partage dans son testament de 1170. Mais en associant son aîné à la couronne d'Angleterre dans l'attente de la succession, il reforme à son profit l'ensemble anglo-normand. Rétabli de sa maladie, Henri II y conservera la réalité du pouvoir.


    votre commentaire
  • Thomas Becket excommunie ses ennemis en 1166 (à gauche) et débat avec les rois Henri II et Louis VII à Montmirail en 1169
    Nommé archevêque de Cantorbéry en 1162, Thomas Becket devint tout de suite un champion de la cause de l'Église. Au concile de Clarendon en 1164, Henri II tenta d'imposer aux évêques du royaume un accord sur les droits respectifs de l'Église et de la Couronne, dans le but de renforcer le pouvoir royal, mais Becket s'y opposa. Dès lors l'archevêque de Cantorbéry devint la cible de la colère du roi. Becket fut accusé en octobre 1164 d'avoir manqué à une sommation de la cour royale, puis mis en cause dans sa gestion des finances. Confronté à cette seconde accusation Becket chercha refuge en Flandre. Sa querelle avec Henri s'éternisa jusqu'en 1169, date à laquelle Henri prit la décision d'associer à la couronne son fils Henri le Jeune. La présence de l'archevêque de Cantorbéry était indispensable à la validité de ce couronnement. Un bref répit entre le roi et l'archevêque ne mena cependant à rien, et en juin 1170, Henri le Jeune fut couronné par l'archevêque d'York avec le soutien de plusieurs autres évêques.

    De retour en novembre 1170, Becket avait obtenu l'autorisation du Pape d'excommunier les évêques qui avaient usurpé son droit en couronnant le fils d'Henri. Henri II qui passait Noël en Normandie entra dans une violente colère. Quatre de ses chevaliers témoins de la scène retournèrent en Angleterre et tentèrent d'arrêter Becket dans sa cathédrale de Cantorbéry. Becket résista et fut sauvagement assassiné.

    Ce n'est qu'en mai 1172 que la pénitence d'Henri pour le meurtre de Becket fut acceptée par le Pape. En attendant, des miracles avaient commencé à se produire sur sa tombe, dans la crypte de la cathédrale de Cantorbéry, et en février 1173 Becket fut canonisé.


    votre commentaire
  • Abbaye de Grey, County Down, Northern Ireland
    Henri II avait médité la conquête de l'Irlande dès le début de son règne, mais l'occasion lui fut fournie par le meurtre de Thomas Becket : il pensait obtenir le pardon du Pape qui voyait l'Église irlandaise aller à l'encontre des enseignements de Rome. De plus, des aventuriers anglo-normands du Pays de Galles s'étaient déjà immiscés dans les affaires d'Irlande.

    L'Irlande était gouvernée par un ensemble de petits chefs locaux en compétition permanente pour le titre suprême. Les guerres entre royaumes étaient affaires courantes. Ceux qui cherchaient à réformer l'Église irlandaise selon la doctrine romaine, ainsi que les moines des nouveaux monastères cisterciens se sentaient menacés et recherchaient le soutien d'Henri.

    En 1170, Dermot McMurrough, roi de Leinster et prétendant à la suprématie sur l'île, demanda secours à Henri qui lui permit de recruter des guerriers dans le Pays de Galles. Parmi eux se trouvait le comte de Pembroke, connu sou le nom de "Strongbow" (le Maître Archer). Une armée mixte irlandaise et anglo-normande s'empara de Dublin en septembre 1170, tenant bon contre les Irlandais pendant toute une année. Henri se rendit en Irlande en personne en octobre 1171 pour recevoir la soumission de toutes les parties intéressées.

    La colonisation anglo-normande de l'Irlande continua, accélérée par la campagne de Jean de Courcy en Ulster après 1177. En 1185, Jean, le fils cadet d'Henri, ayant reçu le titre de roi d'Irlande, arriva dans son nouveau domaine. Mais il le quitta peu après, à la mort de son frère Geoffroi, qui amena Henri à donner de nouvelles responsabilités à ses fils.


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique