Histoire des mondes normands
NOMS DE PERSONNES.
JEAN ADIGARD DES GAUTRLES.
Une certaine quantité de villages, de fermes, de lieuxdits ont en effet conservé d'antiques noms Scandinaves, qui
sont évidemment, dans bien des cas, ceux de leurs premiers
possesseursnormands(2). Tels sont, en prenant pour point de
départ ces noms sous leur forme norroise :
ETUDE SUR LES NOMS DE LIEUX D ORIGINE SCANDINAVE 299
1. ASGAUT (1), jd'où Ansgot, puis Angot (pouvant
se rattacher, d'autre part, au nom franc Ansegaud)
:
le
nom patronymique de notre distingué Secrétaire-Général
est fréquent en Normandie et assez souvent représentédans
la toponymie ; on le constate notamment à Villers-enOuche, au Merlerault, à Saint-Loyer-des-Champs, etc. :
LE MESNIL-ANGOT (2) et LE CHÊNE-ANGOT, à Rânes ;
cf. le Mesnil-Angot, dans le canton de Saint-Jean-de-Daie ;
LANGOTERIE, à Chênedouit :
l'Angoterie se rencontre
sur divers points de la Normandie occidentale.
2. ASKETIL, d'où Ansketil, puisAnquetil,l'un des noms
Scandinaves les plus courants en Normandie (particulièrement répandu dans le Pays de Caux), et qui se retrouve
au Sap ; un certain nombre d'exemples dans la toponymie :
LE FIEF-ANGUETIF (?), à Saint-Hilaire de-Briouze (3).
3. ASMVND (anglo-saxon Osmund, voirci-dessous n. 1 ),
d'où Osmond :
OSMOND (?), à Aubri-le-Panthou : ce domaine a longtemps
appartenu à l'ancienne et illustre famille de ce nom (d'ailleurs
fréquent en Normandie), qui jusqu'à la fin du xvir3 siècle,
s'appela Osmond, sans particule ;
elle faisait remonter son
origine à Osmund « Gelt » — Galti (?), c'est-à-dire «
le
Porc » — l'un des vikings venus en 962 au secours de
Richard Ier, et doté parlui de Vimoutiers et de terresimportantes aux environs :
c'est surtout en raison de ce souvenir historique que ce nom, vraisemblablement anglosaxon dans bien des cas, a trouvé ici sa place. La famille
d'Osmond l'a transmis à son domaine et lui a donné un caractère définitivement territorial en obtenant, par lettres
patentes de 1719, l'érection de ses diverses seigneuries en
marquisat d'Osmond (1) ;
Il faut y joindre—maistoujours sous les mêmes réserves:
LA MARE-OSMOND.à Gauville.
i
4. ASULF, OSULF (anglo-saxon Osvulf), d'où les noms
fréquents en Normandie Osouf (Cotentin), Auzou (Pays de
Caux) et un .certain nombre de noms de lieux :
CHAMPOSOULT : Champosoul, 1391, 1416, 1682, 1715-27
(Chartes de l'Abbaye de Silli (2) ) et 1370 environ (Compte
de procurations du Diocèse de Sées (3) )
; Campus Osoul,
1335 environ et CampusOsuli, xve siècle (Pouillés deSées(3) );
Champosouf, 1722 (Liste des paroisses de l'Election d'Argentan (4) )
; Champosou, 1662-91 et 1750 (Chartes de
Silli (2) )
;
d°, 1727 (Carte du Diocèse de Lisieux, d'après
d'Anville) ;
d° (Carte de Cassini) ;
CHAMPOSOULT, à 'Ri ;
LE HAMEL-OZULT, au Mesnil-Jean ;
LE VAL-AU-SOU, à Orville, orthographe actuelle reproduite sur la carte d'Etat-Major, (celle ^le Cassini porte :
le Val-aux-Ours !) ;" en fait, il est très probable qu'il s'agit
là d'un nom propre, comme pour tous les autres noms de
lieux des cantons de Vimoutiers et de Gacé formés avec le
mot Val, le Val-Héroult, le Vaucanu (v. plus loin), etc.
5. HARALD, d'où Haraud, Héraud :
LA HAEAUDIÈRE, à Chaumont ;
LA HÉRAUDIÈRE (?), à Canapville (Carte de Cassini), et
à Saint-Aubert-sur-Orne ; se retrouve à Magni-le-Désert et
dans le canton de Vassi ; peut-être à rattacher au nom franc
Hairold, Herold (voir ci-dessous, n. 1).
6. HERJVLF (forme norvégienne), HAIRVLF (forme
danoise), d'où Hérouf, Héroult (constaté à Vimoutiers) —
peut-être cependant d'origine franque (tud. Hariulf) (1).
LE VAL-HÉROULT, au Mesnil-Hubert-en-Exmes :
cf. le
Val-Héroult à Culli (canton de Creulli) ;
L'ETRE-HÉROU (?), à Saint-Brice-sous-Rânes (I)..
7. HELGI (lat. Helgo) :
Le seigneur — «
quidam Normannorum potens miles,
nornine Helgo (2) » — qui possédait au début du XIe siècle
Echauffour, Montreuil-l'Argillé et leurs environs, a transmis
son nom à la paroisse de Saint-Martin-sur-le-Guiel(
« Sancti
Martini super fluvium Waioli (2) »), dont il était le patron
et sans doute le fondateur — et qui est aujourd'hui
:
HEUGON :
Saint-Martin-le-Heugonou -de-Heugon, divers
exemples au xme siècle (Arch. dép. de l'Orne, H, 693 et 694 (1) ); Le Heugon, 1310 (d°, H, 696); Heugon, 1456
(d°, H, 697).
8. KNAPP, d'où Canapé :
CANAPVILLE : Kanapeviïla, 1244 ; Quenapevilla, XVe siècle
(Liste des revenus du chapitre de Lisieux) ; Canapevilla,
1248 et 1286 ; puis concurremment, aux xve, xvi, xvne siècles
Canappeville (encore en usage en 1712), Canapeville (encore
en 1727 —Carte du Diocèse de Lisieux, d'après d'Anville)
et Canapville (2); apparaît sous le même aspect dans le
canton de Pont-1'Evêque, et sous la forme Canappeville dans
celui du Neubourg.
9. KNUT, d'où Kenut puis Canut. Cànu, noms très
répandus en Normandie
:
LE VAUCANU, à Vimoutiers ;
cf. le Val-Canu, à Tourlaville.
10. KOLLI, KOL :
COULMER (??) : Collemer, 1238 (Charte de l'Abbaye de
Silh (3) ) et 1350 environ (Pouillé de Lisieux (4) )
; Colemer,
1320 (Fiefs de la Vicomte d'Orbec (5) )
; « ecclesia de Colomero », xvie siècle (autre Pouillé de Lisieux (6) )
;
à rapprocher dés Colemare du Pays de Caux (mais aussi de Coulimer, et de 2 Çoulamer — Eure-et-Loir et Mayenne...).
11. ROI(Roe) :
ROIVÏLLE : Roevilla, 1223 (Cartulaire de Silli (7) ),
xivc siècle (Charte de l'Abbaye de Saint-Evroul (8) ) et 1350
environ (Pouillé de Lisieux (2) )
; Rouéville, 1579 (autres Pouillé de Lisieux (1) ); Royville, 1680 (Charte de l'Abbaye de Belle-Etoile (2) ).
12. THORI(Thore), d'où le diminutifnormandThorel(?) :
LA COUR-THOREL, à Saint-Nicolas-de-Sommaire.
13. THORSTEIN, d'où, en passant par l'intermédiaire
de Turstain, Tursten (Tursten « Guz », fils d'Ansfred le
Danois et vicomte d'Exmes vers 1040), Tostain. etc., les
noms, si fréquents dans toute la Normandie., de Toustain,
Toutain :
le second se retrouve, en particulier, à Argentan,
Ticheville, Sainte-Gauburge, Almenèches, Néci, Ecouché,
Briouze, etc. :
L'ETRE-TOUTAIN, à Chênedouit et LA FOSSE-TOUTAIN,
à Sainte-Croix-sur-Orne ;
LA TOUTAINERIE, à Rânes.
14. THORVALD, d'où les noms assez courants de
Thouroude (constaté à Sainte-Gauburge),et, par contraction,
Theroude, Troude :
LA THOUROUDIÈRE, à Briouze ;
LA THEROUDIÈRE, à Saint-Germain-de-Clairefeuille; se
retrouve à Tourni (canton d'Ecos) ;
LA TROUDIÈRE (la Theroudière), au Merlerault (3) ;
la
Troudière se rencontre également à Sainte-Opportune
(canton d'Athis), ainsi que dansle pays d'Ûuche et à Campagnolles (canton de Saint-Sever).
Faut-il ajouter à cette liste denoms d'originenordiquecelui
du camp et du village de BIERRE à Merri (Bier, 1335 environ,
Pouillé de Sées (4) ) ? On peut, en effet, envisager une hypothèse, "qui, tout en appelant les plus, expresses réserves (5),
mérite pourtant un examen. On sait que le nom d'homme
Scandinave BJORN (
«
l'Ours ») a souvent pris en Normandie la forme Bier (1). Sans doute les fortifications de
Bierre sont-elles très antérieures aux Normands. Mais il
est fort possible que, dans la période d'incursions qui a
précédé l'occupation définitive, ils aient Utilisé ces retranchements tout faits et si bien situés, comme station — observatoire et citadelle (2). Le camp n'aurait-il pas pris
laors le nom d'un de leurs chefs ?
2. NOMS COMMUNS.
Ce deuxième groupe, plus nombreux que le précédent, se
compose de substantifs norrois -"- termes topographiques
pour la plupart — dont certains se sont introduits dans le
dialecte normand et s'y sont maintenus au moins pendant
les premiers siècles du Moyen-Age. C'est dire qu'ils sont
excessivement répandus dans toute la Normandie, et que,
d'autre part, ils peuvent fort bien dans certains cas, être
très postérieurs au Xe siècle :
il en est ainsi des noms —tels
que la Hogue ou la Londe — que nous allons rencontrer
sans composition et accompagnés de l'article. Par contre,
certains autres, qui apparaissent en composition et normalement sans article, remontent sans aucun doute aux temps
qui ont immédiatement suivi la conquête, par exemple :
Hpulbec ou Ectot — dont les deux éléments sont norrois,
ou même un nom tel que Chiffretot, bien que son premier
élément soit un nom de personne peut-être franc et non Scandinave
A. Termes géographiques.
1) BEC : nom nordique extrêmement répandu en Normandie. Vieux-norrois bekkr (1), danois et norvégien R. (2)
boek, norvégien L. bekk, latin du Moyen-Age (textes normands) beccus, «
ruisseau ». Nous en avons ici plusieurs
exemples :
LE FOULBEC, petit affluent de la Dive, à Saint-Lambert:
Folebec, 1210 et 1226 (Chartes de l'Abbaye de Silli (3) ;
une commune du canton de Beuzevilleporte le nom de Foulbec ;
Saint-Georges-d'ANNEBECQ: Asnebec, XIe siècle (Ex Miraculis Sancti Vulframni, episc. senon. (4)) ; vers 1086-87, en
1142 et en 1155 (Chartes de l'Abbayede Saint-Wandrille (5) );
1141 environ (Orderic Vital (6) )
; 1223 (Archives de 'Orne,
H, 1590) ; Asnebecum, vers 1335 et Asnebeccum, XVe siècle
(Pouillés de Sées (7) )
; Asnebec, 1370 environ (Compte de
procurations du diocèse de Sées (7) ) et xvr3 siècle (Pouillé
de l'Abbaye de Saint-Wandrille (5) )
;
-d°, 1722 (Liste des
paroisses de l'Election de Falaise (8) )
; Asnebecq, 1721
(aveu (9) )
; 1733 (procès-verbal (9) )
;
d° (carte de Cassini).
Se retrouve, avec la même forme ancienne Asnebec, dans le
canton de Saint-Sever. Annebecq aurait été primitivement
bâti sur les bords mêmes de la Rouvre (10) ;
LA BECQUE, hameau du Renouard, situé près d'un cours
d'eau (forme féminine tout à fait anormale en Normandie :
cette ortographe est sans doute relativement moderne) ;
HOTJLBEC, fief à Nonant. 1674 (Etat des fiefs du Bailliage
d'Alençon (1) ); (voir ci-après § A4) ; nom de lieu assez
courant dans presque toute la Normandie. En Danemark,
4 Holbaik (Seeland et Jutland) et 3 Hulbsek (Jutland) ;
en Norvège, Holbsek (Hedmark) et Hulbsek, (Ostfold) ;
LE RISBEC (Ridbec sur le plan cadastral de Montabard),
affluent de la Dive, qui naît à Montabard, passe à Brieux et
à Fourches et achève son cours près de Croci ;
le nom de
Risbec se rencontre également dans le Cotentin ;
Et, sous une forme diminutive qui est fréquente :
LE VAL-BÉQTJET, à Champosoult :
le Vaubéquet, 1727
(Carte du Diocèse de Lisieux, d'après d'Anville) ; ValBecquet (Carte de Cassini).
2) HAULE
:
vieux-norrois hôll, « hauteur, colline »,
représenté dans la Normandie presque entière, en particulier dans le Cotentin :
LAHEAULLE, fief à Urou, 1674 (Etat desfiefs du Bailliage
d'Alençon (2) ).
3) HOGTJE
:
vieux-norrois haugr, norvégien moderne
haug, latin du Moyen-Age hoga «
tertre, tumulus ». Les
Hogues sont très répandues danstoute la Normandie (forme
particulière au nord du Cotentin
:
les Hougues) :
LA HOGUE, à Roiville ;
LA HOGUETTE, à La Fresnaie-Faïel ;
LES HOGUES, à Moulins-sur-Orne(Cuigni) :
il s'agit là d'un
tumulus, qui recouvre un ancien cimetière remontant vraisemblablement aux invasions normandes
4) HOULE : vieux-norrois hol (aussi vieux-haut-allemand
et anglo-saxon), danois etnorvégienR. hul, norvégien L. hol,
« creux, trou » ;
très fréquent en Normandie, sous ses divers
aspects :
Le Ravin des HOULES à Montreuil-la-Cambe, au pied du
camp de Mersan, qui fait face, sur la rive droite de la
Dive, au camp de Bierre ;
LA HOULETTE, à Bazoches-auHoulmeet à Saint-Ouen-surMaire ; LA PETITE HOULETTE, à Batilli ; LES HOULETTES, à
Monnai, à Saint-Eyroult-Notre-Dame-du-Bois (monachi de
Houlletis, vers 1350.—Pouillé de Lisieux (1 ) ), à Résenlieu et
à Boucé ;
Le HOULAY, à Chênedouit et à Saint-Aubin-de-Bonneval;
LE HOULEY, à Batilli et Saint-Ouen-sur-Maire; LE HOULLEY, à Saint-Hilaire-de-Briouze (2) ; LE MESNIL-HOULLEY,
manoir à Saint-Germain d'Aunai (3) : Mênil-Houlé, sur la
carte de Cassini ;
HOULBEC, à Nonant, «le ruisseaucreux », ou plutôt «
le
ruisseau encaissé »
(voir ci-dessus § A1).
5) HOULME, HOMME
: vieux-norrois holmr, danois
Holm, norvégien holme, bas-latin holmus, hulmus, «
île »,
très répandu dans toute la Normandie, soit sous sa forme
première « houlme », soit sous ses diminutifs ou dérivés :
Le Pays du HOULME, «
dénommé Holmetia regio par
Orderic Vital dansle passagede son histoire (4) où ilrapporte
que, en 1090, Robert de Bellême fit construire à la Courbe,
à l'entrée de la presqu'île formée par les sinuosités de l'Orne,
une forteresse qu'on appelle le Château-Gontier, au moyen
de laquelle il prétendait soumettre à sa domination toute
la contrée (5). »
Il se présente également sous les formes
suivantes : Hulmus, xie siècle (Miracula Sancti Vulframni,
passage déjà cité à 'propos d'Annebecq)
; Sergenterie «
de
Hulmo », 1195 (Magni Rotuli (1) ) et 1274 (état de
comptes (2) );' « de Humo », 1198 (Magni Rotuli (1) );
Vicomte et Archidiaconé « de Hulmo», 1195 et 1198 (d° (1 ) )
;
« Archidiaconatus Hulmensis », 1335 environ (Pouillé de
Sées (3) ); d° et « archidiaconus.... de Insula Hulmensi »,
1370 environ (Compte de procurations du Diocèse de
Sées (3)). On trouve, d'autre part, «
le pays du Homme »,
dans l'Histoire générale de Normandie, de Gabriel du Moulin
(1631 (4) )
; Le Houme, dans l'Etat géographique de la Province de Normandie, de Masseville (1722 (5) )
; «
le pays du
Houlme ou Homme », dans les Dissertations préliminaires
sur l'histoire civile et ecclésiastique du Diocèse de Sais, de
l'abbé Esnault (1746 (6) ). Il convient de remarquer que le
nom du Houlme n'apparaît qu'après l'établissement des
Normands (7). Son origine Scandinave a d'ailleurs été
adoptée par Gustave Le Vavasseur (8), Ch. Joret (9) et
le baron J. A. des Rotours. Les hypothèses « ulmus »,
rapportée par l'abbé Gourdel (10), et « humus », proposée
par lui, sont également inadmissibles, et comme orthographe
et comme sens, la première n'expliquant pas Yh aspirée
préfixe, la féconde la présence d'une l. Au surplus, le terme
Houlme et ses dérivéssont, comme nousl'avons dit, courants
en Normandie, et, conformément au sens originel , y désignent presque toujours des îles ou presqu'îles naturelles.
En l'espèce, Joret rapproche le Houlme, limité par plusieurs
rivières, de 1' «
Ile de France »: il est de fait qu'auMoyenAge, on donnait souvent le nom d'île à un pays borné par
des cours d'eau, et cette supposition paraît acceptable.
Beaucoup trop imprécise par contre, et peu vraisemblable
est celle de G. Le Vavasseur, rappelant le terrain parfois
marécageux du Houlme et l'aspect d' «
îlots entourés de
fossés » qu'y présentaient (?) «
les habitations un peu
importantes »
(1). Nous permettrons-nous de risquer une
autre hypothèse ? Qu'on se reporte au texte cité plus
haut de Louis Duval :
la presqu'île de la Courbe où s'éleva
le Château-Gontier, n'aurait-elle pas — comme plusieurs
autres presqu'îles de l'Orne (exemple le Hom de ThuriHarequrt) — primitivement reçu des Normands le nom de
Houlme, nom qui se serait, par la suite, étendu à tout le
« pagus » que Robert de Bellême prétendait soumettre ?
Un passage, d'Odolant-Desnos (2) paraît confirmer cette
théorie :
il y dit que la sergenterie et le fiëf du Houlme
semblent tirer leur nom «
du ruisseau du Houlme, qui
arrose Château-Gontier, appelé dans un titre de 1500, Château-Gontier-sur-Houlme», (En marge : «
titre communiqué par M,ne la baronne de la Chaux »). En fait, il s'agit là
non d'un ruisseau^ mais de la presqu'île (holm) où avait
été construit Châteaû-Gontierrsur-Houlme;
LE HOMME, à Vimoutiers :
le Houme, 1727 (Carte du Diocèse de Lisieux, d'après d'Anville) ;
nombreux exemples
en Normandie ;.
LE HOMET, à Avernes-Saint-Gourgon;
d° ;
LES HOMMETS, au Renouard ;
d° ;
Et sous les plus expresses réserves :
OMMÉEL : Umehel, Umeheel et Ulmeel, 1142; « ecclesia
Ulmelli », 1155 (Chartes de l'Abbayede Saint-Wandrille (1);
Homméel, 1307 (échange de fiefs (2) )
; Ommel, vers 1335 et
Omméllum, xve siècle (Pouillés de Sées (3) )
; Ouméél, 1370
environ (Compte de procurations du Diocèse de Sées (3) )
;
Omméel. xvie siècle (Pouillé de l'Abbaye de Saint-Wandrille (1) ) et 1674 (Etat desfiefs du Bailliaged'Alençon (4) )
;
Ommel, 1722 (Liste des Paroisses de l'Election d'Argentan (5) ) et 1727 (Carte du Diocèse de Lisieux, d'aprèsd'Anville); entre la haute Dive et l'un de ses affluents. On trouve
à Gratot (près de Coutances),un village appelé :
le Hommel ;
OMMOI : «
...
de Ulmeto », 1172 (3)-1178 et xir3 siècle
(Chartes de l'Abbaye de Jumièges (6) )
;
d°, 1223 (Charte de
l'Abbaye de Silli (7) )
; Homei et «de Omeio-o, 1195, Oumei,
1198 (Magni Rotuli (8) )
; Ommayum, vers 1335 et au
xve siècle (Pouillés de Sées (9) )
; Oumay, 1370 environ
(Compte de procurations du Diocèse de Sées (9)) ; Ommoi,
1674 (Etat des fiefs du Bailliage d Alençon (4) )
; Ommay,
1722 (Liste des Paroisses de l'Election d'Argentan (10) ).
6) LONDE : vieux-norrois lundr, danois et norvégien
lund, bas-latin lunda, londa, «
bois » ; extrêmement répandu dans presque toute la Normandie, ainsi que ses dérivés :
LA LONDE, à Bailleul, à Boissei, à Saint-Evroult-de-Montfort, au Sap-André, et LES LONDES, à Croisilles, à Ginai,
à Orville, à Survie ;
»
LE LONDEL, à Montreuil-la-Cambe, et LES LONDELLES,
terre à Exmes (11) ;
LES LONDEAUX, à Champcerie.B. Termes désignant des établissements humains.
1) GARD :
vieux-norrois gardhr, danois et norvégien
R. gaard, norvégien L. gard, « cour, manoir, ferme »; se
retrouve dans toute la Normandie :
BIGARD, fief à Saint-Hilaire-de-Briouze : 1387 (aveu) ;
1721 (aveu) ; 1772 (déclaration) (1). Ce nom se rencontre
sur un certain nombre de points dans le Lieuvin, le Cotentin
et les Iles Normandes; on trouve 13 Bisgaard en Danemark
(dont 11 en Jutland) et 1 en Norvège (More)
:
il faut
d'ailleurs ajouter qu'ils sont pour la plupart relativement
modernes;
BOUGARB, au Mesnil-Hermei ; en Norvège (Vestfold),
2 Bugaard (postérieurs à l'époque des Vikings).
2) TOT :
vieux-norrois topt, danois et norvégien toft,
latin du Moyen-Agetoftum, «
emplacementoù l'on construit
une maison », et, par extension, « habitation » ; extrê-
.
mement fréquent en Normandie :
CHIFFRETOT, à Champosoult,
«
l'habitation de Sigfrid »
(voir ci-dessus,- p. 2, n. 1 )
:
Jehan de Ciffretot, 1335 (donation (2) )
; Chifretot, 1727 (Carte du DiocèsedeLisieux, d'après
d'Anville) ;
d° (Carte de Cassini). Il faut évidemment y
.
joindre CHIFFRETEAU (orthographedu plan cadastral :
l'Etat
des propriétés non bâties, dressé en 1829, donne les formes
Chifreteau et Ckifreto), à Saint-Aubin-de-Bonneval ;
_
ECTOT, fief à Saint-Lambert-sur-Dive : Esquetot, 1208
(Charte de l'Abbaye de Silh (3) ), et 1593 (Contrat de
vente (4) )
; Ectot, 1674 (Etat des fiefs du Bailliage d'Alençon (5)); et HECTOT, à Camembert : Ectot, 1674 (Etat desfiefs
du Bailliage d'Alençon (5) ). Représenté sous l'un et l'autreaspects dans les quatre autres départements de Normandie.
La forme primitive — celle qui, avant Ësquetot, apparaît
la première aux XIe et xiie siècles, est Esketot, et elle nous
mène directement au terme vieux-norrois qui a fourni le
premier élément du nom :
eski, «
frênaie, bois de frênes » ;
GUITOT, à Villers-en-Ouche.
C. Autres termes.
1) BRUMAN, « nouveau marié »
(dialecte normand) :
vieux-norrois brûdhmadhr, « homme de la suite du fiancé » ;
ce mot n'existe pas en danois et en norvégien modernes,
mais on y retrouve ses deux éléments constitutifs dans
brud, «épousée,jeune mariée», et mand (norvégien L. mann),
« homme » :
LE FIEF-AUX-BRUMANS, à Saint-Hilaire-de-Briouze (1) ;
LA BRUMANIÈRE, à Rânes:1378 (aveu), 1408 (lotset partages)(2); et LES BRUMANIÈRES, à Nonant,terre ayant appartenu «
anciennement à la famille Bruman, dont elle a
retenu le nom (3). » Se retrouve sur divers points, notamment dans le Pays d'Ouche et dans le Cotentin.
2) ESQUE :
vieux-norrois eski, «
frênaie » :
ECTOT (voir ci-dessus § B2).
* *
Citons, pour terminer, deux noms ethniques particulièrement intéressants, car ce sont ceux-mêmes sous lesquels
étaient désignés, à l'époque de la conquête, les envahisseurs
nordiques.
1 ) Celui des DANOISVtrès fréquent en Normandie dans
les dénominationsde lieux et de personnes, et qui, à ce dernier point de vue, apparaît soit sous sa forme même(« LeDanois », nom de famille répandu aussi bien dansle Lieuvin
que dans le Cotentin, et qui se rencontre à la Cochère (1 ) ),
soit sous les aspects « Le Dane », Le Daneis », «
Danet »
(constaté à Vrigni). On retrouve ce dernier dans :
LA DANKETIÈRE, à Neuville-sur-Touque.
2) Celui des NORMANDS, très commun bien entendu,
et qui apparaît dans LA NORMANDÏÈRE, à Néci.