Histoire des mondes normands
M. l'Abbe Arthur-Louis LETACQ
Le 13 octobre dernier (1923) mourait à Alençon, après
une très courte mais douloureuse maladie qui avait nécessité
une intervention chirurgicale, M. l'abbé Arthur-Louis
Letacq, aumônier des petites Soeurs des Pauvres.
La nouvelle de cette mort produisit dans le quartier qu'il
habitait, une véritable consternation, car l'abbé Letacq,
depuis plus de trente ans qu'il résidait rue du Mans, avait
su se faire aimer et respedter de tous.
C'était une figure sympathique qui disparaissait et qui
laissait un vide très grand. C'était l'ami de tous, le conseiller
éclairé sur toutes les questionsscientifiques, c'était, souvent
aussi, l'apôtre, qui, par son affabilité, la droiture de sa vie,
sa grande discrétion, sa simplicité savait gagner les coeurs
endurcis.
Pour lui nous pouvons appliquer cette phrase prononcée
le 5 mars 1866(Coste) à l'académie des sciences :
« Lorsqu'un homme s'est consacré aux activesméditations
de la science, l'histoire de sa vie puise son plus vif intérêt
dans l'exposé fidèle des travaux qui ont.fait ses joies, ses
tourments, sa gloire. »
Pour parler du prêtre, je ne puis mieux faire que de rappeler les paroles élevées que M. le chanoine Guesdon prononçait lors des obsèques de M. l'abbé Letacq du haut de
la chaire de Saint-Pierre de Montsort : « Il a fait honneur
à son sacerdoce par la dignité de sa vie, par sa haute culture
intellectuelle,par desrelations sociales aussi élevées qu'honorables. »
« Humble et modeste, jamais il ne brigua les honneurs,
ceux-mêmes que le monde savant lui décerna, sanctionnés
par les grades académiques.
« Sa foi, loin d'être effleurée au contact des science
profanes et dans le commerce séculier, ne fit que s'avive
et s'ouvrir « Les sciences d'observations, l'histoire naturelle allaient
à ses goûts et à ses aptitudes, il s'y spécialisa.
« La flore et la faune de la région n'eurent bientôt plus
de secrets pour lui
: météorologie agricole, géographie
botanique, zoologie, bibliographie scientifique, il avait
tout exploré.
« Sa science et son affabilité lui avaient conquis les
relations les plus distinguées et les plus étendues. Le nom
de l'abbé Letacq faisait autorité auprès des naturalistes. »
Doué d'une mémoire très heureuse il pouvait traduire
plusieurs langues vivantes, et par ses traductions il avait
pu mettre ses amis au courant des découvertes, suédoises,
italiennes, anglaises, allemandes.
Travailleur infatigable, il publia un nombre considérable
d'observations scientifiques qui toutes intéressent notre
région et qui seront toujours consultées avec fruit.
D y a lieu d'espérer qu'un catalogue de ses écrits, aussi
complet que possible, soit fait, afin de permettre aux chercheurs d'en trouver toujours trace.
Les sciences naturelles qui avaient sa prédilection, ne
l'absorbaient cependant pas exclusivement. Il publia des
biographies des naturalistes et des érudits ornais, de nombreuses études bibliographiques et des documents sur
l'histoire des sciences.
Pendant dix ans il remplit les fonctions de Secrétaire
des séances de la Société Historique et Archéologique de
l'Orne. Les procès^verbaux qu'il rédigeait peuvent être
cités comme des modèles de netteté de concision et empreints
d'une certaine élégance, dénotant un esprit s'adaptant bien
aux travaux d'érudition.
Les dernières années de sa vie, qui s'est terminée si brusquement, ont été consacrées spécialement aux sciences
naturelles, aux excursions, aux recherches spéciales, flores
locales, collections privées, groupes zoologiques ou entomologiques, champignons, lichens, etc;..
Il avait toujours du travail sur la planche, aussi il est.
parti laissant inachevées beaucoup d'observations qui ne
verront pas l'impression.
Le jour où le mal l'a terrassé, il devait partir en excursion,
dans le Calvados, pour explorer un marais riche en raretés,
afin d'en établir la flore et en étudier la faune.
Ces excursions, il les aimait, car si elles lui causaient une
certaine fatigue qu'il considérait comme salutaire, elles
étaient cause de relations savantes qui faisaient son bonheur.
Il aimait aussi à aider les débuts des jeunes naturalistes
à les guider dans leurs recherches et.à les documenter sur
leurs découvertes.
Il avait ce feu sacré qui réchauffe toujours et savait le
communiquer à ses compagnons d'excursions. Nombreux
sont les botanistes qu'il a entraînés et formés; tous conserveront le souvenir de ces bonnes promenades qu'il dirigeait
avec tant de compétence et de science.
Ces botanistes, ces naturalistes se rappelleront M. l'abbé
Letacq, son nom ne s'effacera pas, il désignera toujours, un
prêtre très digne, un homme de bien, un savant modeste et
un ami sincère.
Au cimetière de Saint-Pierre de Montsort trois discours
empreints d'une grande émotion et de sympathie saluèrent
sa dépouille mortelle.
•M. Tournouër, président de la Société Historique et
Archéologique de l'Orne,
M. Bigot, doyen de la faculté des sciences de Caen, correspondant de l'Institut,
M. A. Chevalier, explorateur, Directeur du laboratoire
d'agronomie coloniale au ministère des Colonies.
M. l'abbé Letacq, Arthur-Louis, était né à Heugon (Orne),
le 20 octobre 1855.
Il fit ses études au Petit et au Grand Séminaire de Sées.
11'fut nommé professeur- au collège de Mortagne en 1876.
Ordonné prêtre le 7 juin 1879 il fut nommé vicaire à Ecouché.
En 1883, il fut nommé curé de Saint-Germain-d'Aunai
puis à Ticheville, en 1885.
En 1890, il fut désigné pour remplir les fonctions d'aumônier des Petites Soeurs des Pauvres, à Alençon.
J. LEBOUCHER.
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