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Histoire des mondes normands

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Fleuré

FLEURE

Fleuré

Le village de Fleuré est situé au centre du diocèse de Sées, à environ 7 kilomètres au sud d’Argentan et à 19 kilomètres au nord-ouest de Sées. Le relief, à peine ondulé, est issu du contact de la plaine calcaire d’Argentan et d’une avancée du massif armoricain et du socle cadomien de grès. Un infime ruisseau coule d’est en ouest à la frange méridionale du village. Depuis le XVIIIe siècle, de nombreuses trouvailles archéologiques démontrent l’ancienneté de l’occupation à Fleuré et dans la région, alors que les sources écrites n’attestent Fleuré (Flureium) qu’à partir de 1093. On soupçonne une christianisation assez précoce. Mais la microtoponymie liée à la végétation, les étroites parcelles laniérées et un habitat concentré à Fleuré et dans quelques hameaux au sud plaident peut-être pour des installations et une mise en valeur tardives d’un terroir médiocre.

Fleuré

." Hommey, Histoire générale ecclésiastique et civile du diocèse de Sées, ancien et nouveau."

Les possessions des évêques de Sées, domaine et manoir, ont laissé peu de traces et n’ont jamais fait l’objet de développements dans les travaux anciens. La tradition rapporte les vicissitudes du manoir qui connut alternance d’importants travaux de restauration au début du XVIe siècle puis ravages par les Huguenots en 1568 et reconstruction au XVIIe siècle6 avant la destruction totale en 17847. La vaste parcelle en herbage qui subsiste, à l’ouest de l’église, figure déjà sur le cadastre de 1823 avec la seule mention « ruine du château ». Les sources médiévales sont maigres : trois chartes épiscopales et l’aveu de 1458. L’état du manoir tel qu’il peut être restitué à partir d’un inventaire réalisé entre 1700 et 1704 révèle des structures qu’on peut attribuer au Moyen Âge.

Fleuré

Le premier indice d’un séjour, et par là de l’existence probable d’une résidence des évêques de Sées à Fleuré, date des environs de 1200, lorsque l’évêque Lisiard (1188-1201) y préside à une donation en faveur de l’abbaye d’Ardenne.

 Robert de Torigni, Chronique, L. Delisle (éd.), Rouen, Le Brument – Métérie, 1872-1873, II, p. 130

À qui faut-t-il attribuer la construction de la résidence primitive des évêques de Sées à Fleuré ? Yves de Bellême pourrait bien avoir entrepris cette oeuvre. Il s’est consacré à la restauration de son évêché et a mis en chantier la reconstruction de la cathédrale de Sées.

Fleuré

Les sources médiévales ne fournissent que quatre attestations de séjours épiscopaux à Fleuré, dont trois occurrences au XIIIe siècle. Aux environs de 1200, l’évêque Lisiard y est témoin d’une charte en faveur de l’abbaye d’Ardenne ; en 1284 et en 1290, l’évêque Jean de Bernières y délivre deux chartes. Entre le milieu du XIVe siècle et la fin du XVe siècle, la résidence de Fleuré a connu de longues périodes où l’on soupçonne qu’elle fut délaissée par les prélats. Entre 1356 et 1364, le village est occupé par les compagnies navarraises et l’insécurité qui en résulte doit rendre dangereux le voyage depuis Sées.

Fleuré

Entre le milieu du XVe siècle et 1784, la résidence de Fleuré a connu de nombreux avatars, qui ont progressivement oblitéré la résidence médiévale. En 1434, le nouvel évêque, Jean Chevalier, prétend que la guerre a amoindri la valeur de l’évêché et que de lourdes réparations sont à effectuer. En 1461-1462, la baronnie de Fleuré ne rapporte que 146 livres. Cette somme dérisoire est significative du délabrement des revenus épiscopaux et pourrait expliquer qu’aucune entreprise d’envergure n’ait été mise en oeuvre pour remettre en état une résidence quasi à l’abandon.

La residence des Évêques a était détruite a la révolution.

 

Il faut sans doute considérer comme remontant aux origines du domaine la très vaste emprise du complexe qui occupe un peu plus de 12 hectares à l’ouest de l’église. Le cadastre de 1823 a conservé l’empreinte d’un espace fractionné en sous-ensembles composé de grandes parcelles quadrangulaires bâties ou non bâties. Ces sources n’apportent pas de précisions sur la nature de la clôture, mais on n’y décèle aucun vestige ou indice d’éléments de défense.

 Les parcelles 11 à 13 sur le cadastre de 1819 sont dénommées « vivier » et « herbages du vivier ».

L’espace non bâti tel qu’il apparaît dans l’inventaire de 1700-1704, relayé par le cadastre de 1823, semble avoir conservé des dispositifs qu’on peut légitimement attribuer au Moyen Âge. Les évêques ont fait aménager immédiatement aux portes de l’enclos résidentiel un espace boisé, clos de murs, qui couvre environ 10 hectares. Ses faibles dimensions et l’absence de documentation ne permettent pas de le qualifier de parc à gibier, mais on y a aménagé une garenne (« lapinière »), un enclos à gibier à plume (« perdrière ») et un plan d’eau. Il n’est cependant pas raisonnable d’affirmer avec certitude que le « pavillon » et la « galerie » sont des structures d’origine médiévale. Au nord de l’enclos, mais à l’extérieur de l’enceinte, se trouvait un vivier.

**D’après É. Desvaux-Marteville, à partir du XVIe siècle dans le Perche, les colombiers ont été éloi (...)

Le reste de l’enclos est divisé en plusieurs cours. La basse-cour, au sud de l’enclos résidentiel, abrite la maison du fermier et des bâtiments d’exploitation : grange, étable, écurie, puits, four et colombier (« fuye »). Ces deux derniers bâtiments sont déjà mentionnés dans l’aveu de 1458. Mais le colombier médiéval pourrait avoir disparu de son emplacement primitif, et avoir été transféré dans la basse-cour où il ne se présente plus que sous la forme d’une volière**. Autour du logis, sont disposés un jardin, un verger et deux autres cours, où ont été élevés des bâtiments directement liés au train de vie de la résidence (chenil, bûcher, écuries et remises).

Conclusion

Le manoir de Fleuré a été implanté près de l’église, mais il n’est pas possible, étant donné l’absence de sources, d’envisager l’existence d’une chapelle castrale devenue église paroissiale. Les dates de l’entrée du domaine et de la construction du manoir primitif sont inconnues et ne peuvent être que l’objet d’hypothèses incertaines. En tout état de cause, la première attestation d’un séjour épiscopal n’est pas antérieure aux environs de 1200.

 

Les lacunes des sources médiévales et l’absence de tout vestige sur le terrain nous ont contrainte à solliciter abondamment les sources modernes avec tout ce que cela implique d’incertitudes. Ces précautions étant prises, il nous a semblé que le manoir de Fleuré pouvait ressortir de la catégorie des maisons plates aux enclos distendus et fractionnés, dépourvus de structures de défense. À Fleuré, l’espace réservé aux bâtiments de la résidence est composé d’au moins une cour et de jardins ; le logis ayant vue sur les deux.

 

** Dans l’aveu de 1458, le logis de Laleu est qualifié de « masures » (Arch, nat., P 306 fo 111).

Les bâtiments à usage agricole sont nettement séparés du pôle noble et se déploient dans un enclos adjacent. Le logis compact primitif ( ?) a été tardivement restructuré, au début du XVIe siècle, par l’adjonction de structures conformes aux nouvelles exigences de la vie aristocratique (tour d’escalier, galerie ?). À cette date, les évêques de Sées ont privilégié, conjointement à la rénovation de leur résidence urbaine, la restauration du manoir de Fleuré, alors que les deux séjours de SaintFulgent-des-Ormes et de Laleu voyaient abolie leur vocation résidentielle.

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