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Histoire des mondes normands

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Fin du XIe siècle, les Normands conquièrent la Sicile

Fin du XIe siècle, les Normands conquièrent la Sicile

 A la fin du XIe siècle, les Normands conquièrent la Sicile. Ils vont régner pendant cent ans sur une terre qui fut successivement byzantine et arabe. Y développant une civilisation unique. Aujourd'hui, de la Norvège à la Sicile en passant par la Normandie, expositions et musées se multiplient pour rappeler ce passé glorieux.

 

Contenu: 

La situation géographique de la Sicile n’est sans doute pas pour rien dans son histoire tourmentée. Véritable trait d’union entre Europe et Afrique, avant même de devenir le point de passage privilégié vers la Terre sainte, l’île a vu dès l’Antiquité Grecs et Romains s’affronter pour son contrôle. Dans les années 830, les Arabes deviennent maîtres du territoire. Aussi l’arrivée des Normands au milieu du XIe siècle n’aurait-elle pu être qu’un épisode supplémentaire. Pourtant, assez curieusement, cette terre déjà si fortement modelée par l’homme va se trouver puissamment transformée dans sa culture et son environnement par leur passage.

 

En 911, les Vikings ont obtenu du roi des Francs les terres qui bordent l’estuaire de la Seine ; ils étendent très vite leur pouvoir sur l’ensemble de la Normandie. Non contents de ces succès, ils vont utiliser leur nouvel État comme une véritable base de conquête vers l’Angleterre mais aussi en direction de l’Espagne, l’Italie et même les côtes d’Afrique du Nord, avec des succès inégaux.

 

La Sicile qu’ils vont découvrir est dominée par la culture arabe. Le voyageur Ibn Hawqal qui décrit Palerme en 973 évoque la «ville aux trois cents mosquées». Pourtant, la conquête arabe a été tardive : c’est plus d’un siècle après les assauts dans la péninsule Ibérique que la « guerre sainte » s’abat, en 827, sur la Sicile, alors dominée par les Grecs, sujets de l’Empire byzantin. Les Arabes atteignent Palerme en quatre ans ; suit une colonisation de peuplement menée à un rythme inégal selon les différentes parties de l’île. On a avancé le chiffre de 500 000 émigrants venus des côtes de l’Afrique en deux siècles. La côte sud-est et les environs de Palerme, principale place forte, subissent la plus forte islamisation. Le christianisme se maintient cependant, comme l’atteste l’existence à Palerme d’un évêché. L’économie rurale prospère grâce au démembrement de grandes propriétés d’origine romaine qui avaient freiné le développement des campagnes. L’installation des Normands ne va pas marquer une rupture de civilisation, mais une lente intégration où l’islam reste présent de manière plus diffuse, quoique sensible dans l’architecture et plus généralement dans le cadre de vie.

 

Les descendants des Vikings arrivent en Italie du Sud dans des conditions qui restent assez floues. C’est en 1017 que l’on rencontre la première mention de chevaliers normands faisant office d’escorte auprès de pèlerins de retour de Jérusalem. Rentrés au pays, ils font part des merveilleuses richesses entrevues en Pouille et en Campanie, et surtout de la relative faiblesse militaire de ces régions. Après avoir convaincu quelques cadets sans terre, ils reprennent le chemin de Naples et de Bari. Pour les jeunes hommes de modeste extraction, la promesse d’une vie faite d’aventures et de richesses fabuleuses a plus d’attrait que l’incertaine perspective d’un lopin de terre. C’est ainsi que les fils de Tancrède de Hauteville, modeste seigneur du Cotentin, prennent l’un après l’autre la route de l’Italie.

 

Les aînés, Guillaume dit « Bras-de-fer », Drogon et Onfroi, arrivent en Campanie vers 1040 et retrouvent un petit groupe de mercenaires normands qui, ayant rompu l’engagement qui les liait à l’empereur grec, ont réussi à créer un premier établissement à Aversa, près de Naples, point de départ pour la conquête de la Campanie. En 1058, la prise de Capoue, véritable nœud routier, en marque une étape décisive. Par leur savoir-faire guerrier, les Hauteville s’imposent rapidement comme de véritables chefs militaires et, à la mort de l’aîné des frères, le second reprend le titre de comte, qui dans ce contexte ne signifie rien, mais conforte son autorité sur ses troupes.

 

Le succès fulgurant des Normands en Italie péninsulaire s explique tant par la faiblesse du pouvoir byzantin - plus soucieux de lever l’impôt que de protéger efficacement ces contrées si éloignées de Constantinople - que par les qualités militaires propres à ce peuple. Les chevaliers entraînés aux combats de cavalerie lourde sont protégés par une fine cotte de mailles, armés d’une épée à double tranchant et parfois d’une masse d’armes [1].

 

Bientôt, un autre fils de Tancrède de Hauteville, Robert Guiscard, s’affirme comme le chef incontesté des Normands. Tout au long du Moyen Age, il va symboliser le héros chrétien. Au cinquième ciel de Dante, celui de Mars, il côtoie Charlemagne. Dans Le Cycle de la croisade, poème épique du XIIe siècle regroupant les hauts faits de la première croisade, il joue un rôle central, alors qu’il est mort dix ans avant la prédication du pape Urbain II lançant, en 1095, les chevaliers d’Europe vers l’Orient ! Anne Comnène, fille de l’empereur de Byzance, le basileus Alexis, nous donne, pour sa part, une description précise de celui qui fut l’ennemi irréductible de son père : « Cet homme qui ne pouvait absolument pas souffrir d’être commandé [...] ce Robert, Normand d’origine et de naissance obscure, joignait à une grande ambition une finesse extrême ; sa force musculaire était remarquable ; tout son désir était d’atteindre la fortune et la haute situation des hommes puissants. »

 

Pour le pape Nicolas II, les Normands sont un dilemme : leur sauvagerie et le peu de cas qu’ils semblent faire de son autorité sont éminemment condamnables, mais l’Église est peu présente au sud de Rome, où l’emporte le rite byzantin, ainsi qu’en Sicile, où domine l’islam. La stratégie du souverain pontife consiste donc à utiliser la force qu’apportent ces conquérants pour endiguer l’avancée musulmane et faire reculer l’influence de Byzance. En 1059, Robert Guiscard prête serment de fidélité à l’Église romaine lors du concile de Melfi. En échange, le pape lui attribue le titre de duc de Sicile, anticipant la victoire sur les musulmans.

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