Histoire des mondes normands
Caen, un horrible massacre, un certain 12 août ... 1789, place St Sauveur
La Terreur n’a pas épargné la ville de Caen. Il y a 232 ans ... le 12 août 1789 : Henri de Belzunce est massacré et dépecé par une foule en délire Place Saint Sauveur. Ce fut l’un des pires crimes de la Révolution. Une histoire peu connue.
Contexte : La famine
Depuis plusieurs mois la Révolution française est en marche. Le 17 juin 1789, les députés du tiers-état se proclament Assemblée nationale. Le 14 juillet, la prise de la prison de la Bastille symbolise la fin de l’arbitrage royal.
Parmi les raisons du déclenchement de la Révolution, les historiens ont mis en avant la météo exécrable de l’année écoulée. Sécheresse, pluies, grêle et un hiver particulièrement froid ont provoqué une forte hausse du prix du blé. La famine est là.
Caen et sa région ne sont pas épargnées par ce fléau. Les autorités locales décident d’encadrer la distribution des vivres pour, prétendent-elles, une redistribution équitable.
Pourquoi le vicomte Henri de Belzunce a-t-il été dépecé ?
Le château de Guillaume sert d’entrepôt. Le transport du blé pendant la récolte est surveillé et protégé par un détachement du régiment Bourbon infanterie. Même s’il n’en est que le second, c’est un jeune homme de 24 ans qui commande : le vicomte Henri de Belzunce. Il est arrogant comme le sont beaucoup de ces officiers issus de l’aristocratie. A deux reprises ses supérieurs l’ont changé d’affectations pour des comportements violents envers les populations mais aussi avec ses hommes.
La population caennaise affamée critique de plus en plus cette politique de rationnement. Elle est surtout convaincue que la redistribution n’est pas équitable et qu’elle profite à la noblesse et la bourgeoisie. Début août, elle manifeste son mécontentement en ville. Pour calmer les esprits, les autorités décident de destituer Henri de Belzunce que les Caennais détestent. Le 12 août, jour de sa destitution officielle, la foule se présente devant le château. Le jeune officier, ne percevant pas l’ampleur de la révolte, sort de l’édifice et nargue les manifestants.
Un garde national lui tire une balle dans la tête. La situation bascule dans l’horreur : le corps est traîné et piétiné par une foule en délire jusqu’à la place Saint-Sauveur. Là, il est dépecé et en parti dévoré. Le summum de la barbarie est atteint lorsqu’une femme dévore le cœur de la victime et est applaudie comme au spectacle.
Ames sensibles...Ect..ect.....
“Le vicomte Henri de Belzunce portait beau ses 24 ans. Il ajoutait à la prestance de son costume militaire une arrogance dont il ne se départissait jamais. La population caennaise connaissait son impétuosité, sa fougue et sa morgue. […] Beltzunce avait promis à quelques-uns de ses soldats de leur offrir des culottes taillées dans la peau des femmes de Caen. […] Justice populaire, justice expéditive. Un garde national lui tire une balle dans la tête. […] Commence alors une cérémonie païenne, ancestrale, préhistorique, une fête pleine de rites, racontée par Freud dans Totem et tabou et qui constituent les fondations de communauté dionysiaques abreuvées de sang. Hallali du peuple, chasse à courre des gueux, traque des gens sans terre.
Le corps se trouve dépecé en un rien de temps ; la tête résiste, mais elle finit par être coupée ; les jambes sont séparées du tronc ; la poitrine ouverte ; les côtes défoncées ; le sang coule et inonde la rue ; le cœur arraché, sorti de la cage thoracique, passe de main en main. Un jeune plâtrier âgé de 19 ans s’avise de le jeter en l’air, de le rattraper, de l’envoyer à un complice : le peuple joue à la balle avec le viscère sanguinolent du vicomte de Belzunce.
De plus acharnés poursuivent la besogne et achèvent le travail de boucherie. La carcasse à particule devient viande à barbecue. Morceaux à rôtir. Viande en long, parties molles, côtes premières… L’un des acolytes découpe une oreille, s’avise qu’elle ne présente pas d’intérêt gastronomique et se rend chez l’apothicaire pour obtenir un bocal d’alcool dans lequel il plonge l’auguste pavillon du vicomte.
Un certain Herbert […] tranche les parties charnues du vicomte et les met sur le grill. Une femme rejoint le cuisinier improvisé. Elle a récupéré le cœur de l’homme sans cœur. Elle propose que l’abat […] rejoigne la viande qui grille et parfume la rue alentour. Un repas cannibale s’improvise autour du feu. La Révolution française dispose de son banquet totémique.
On retourne vers la carcasse de laquelle on extrait les viscères fumants et puants. On tâche de se saisir comme on peut des intestins qui grouillent. On pique les boyaux sur une fourche. On s’y prend à plusieurs reprises ; on les perce en les vidant. La matière fécale tombe, se répand, empuantit partout. On parvient à embrocher l’ensemble. La tête est enfilée sur une pique.
Le sang dégouline sur les mains des bouchers qui traversent les rues de Caen et se dirigent vers l’abbaye. Le tout dans une atmosphère de fête. La foule braille, chante, crie, vocifère, bat le tambour. Elle pousse à bout de bras la fourche aux intestins et la pique avec la tête du jeune homme afin que la mère abbesse assiste à ce spectacle politique…”
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