Histoire des mondes normands
Seigneur de Ste-Marie du Mont, et ami de Henri IV :
Henri-Robert Aux-Épaules.
Henri-Robert ! Une vraie statue de Commandeur !
A l'eternelle mémoire de Missire Henry Robert Aux Espaulles, Seigneur et patron fondateur de Ste Marye du Mont, Baron de Gye, Sr de Lieurré, L'Isle Marye et Le Chef Du Pont, Conseiller du roi en ses conseils d'estat et privé, Chevalier de son ordre, Gentilhomme ordinaire de sa chambre, Capitaine de Cinquante Hommes d'Armes de ses ordonnances, Lieutenant de sa Majesté aux Baillages de Rouen, Caux, Gisors etr Caen, Bailly et Gouverneur de Rouen, Carentan et Valongnes. Lequel, dés son enfance nourry au service de très invincible prince Henry le Grand IIIIe roi de France et de Navarre, l'assista en tous les sièges, rencontres, et batailles qu'il donna pour le recouvrement de son estat. sans avoir souillé ses mains, dans le sang froid, ny dans les injustes butins, ordinères durant le cours de ceste guerre civille. Ainsi sa valeur le rendit l'amour de son roy, et sa vertu les délices de sa patrye. Ce qui luy fist mériter que ce monarque honora sa fin, d'une longue suite de ses larmes, et qu'il aye continué depuis à le regretter, non avecq les parolles d'un maistre, mais avecq les plaintes d'un amy. Il Mourut dans le logis de sa Majesté à Fontainnebleau le dernier jour de novembre 1607 aagé de 46 ans et repose icy. Priés Dieu pour luy.
C'est l'occasion rêvée pour étudier de près le costume d'arme d'un gentilhomme de la Renaissance tardive. La fraise, typiquement Henri IV, et qui amorça son déclin vers 1579 ; elle est ici à plis serrés, touffus et non à godrons cousus en 8 réguliers. L'armure, et la façon dont elle se fixe avec de petits crochets latéraux (qui ne permettent pas, à la différence des sangles, les réglages ou la prise de poids...); ou la manière dont elle est aménagée à l'arrière, laissant apparaître la culotte... On peut comparer avec la tenue portée par Henri IV telle qu'on peut la découvrir au Louvre peinte par Pourbus :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Henry_IV_of_france_by_pourbous_younger.jpg
Pour la partie supérieure, elle se compose
En dessous,
Ajoutons une épée, ou une dague, qui pend au coté gauche, suspendue par une sangle de cuir travaillé.
Le monument est-il d'époque ? Pendant la Révolution, il fut mis à l'abri par M. Frigoult de Liesville. On décrivait alors une tombe, surmontée de la statue de Aux-Épaules en capitaine entourée de deux Suisses. En 1842, le curé de Ste-Marie, l'abbé Louis, sollicitait la Société Française d'Archéologie pour faire refaire les statues des Aux-Épaules dans le choeur : l'oeuvre que nous admirons daterait-elle des années suivantes ?
Le heaume avec son panache est si semblable à celui du bon roi dont on connaît le "Ralliez-vous à mon panache blanc" que l'on peut se demander s'il n'a pas servi de modèle au sculpteur du XIXème. Je nomme ce casque "heaume" mais cet accessoire a évolué depuis le Moyen-Âge pour prendre le nom de bassinet, de barbute, (fin XIVe) d'armet, puis de salade (fin XVe), de bourguignotte (XVIe) et enfin de polonaise.
Les gantelets : les doigts sont séparés depuis le XIVe siècle.
Si Henri-Robert Aux-Épaules a droit à son monument funéraire dans le choeur de l'église, à gauche, le coté noble, le "coté de l'évangile", c'est que les seigneurs de Ste-Marie-du-Mont y étaient certainement prééminenciers et y avaient droit d'enfeu, et aussi sans-doute droit de banc, d'escabeau, d'accoudoir, ou d'inscrire leurs armoiries sur les vitraux. Car "Sainte-Marie" (c'est ainsi qu'on désignait le seigneur du lieu) portait d'or à la fleur de lis de gueules. Henri-Robert avait fait construire un vaste château aux deux ailes très longues ; Henri IV, ayant souhaité en voir les plans, eut ce mot qui est resté en mémoire à Ste-Marie-du-Mont : Ventre-saint-gris, mon cousin, cela ressemble à une paire de hauts-de-chausses! (Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie vol.1 p.14, 1825) Cette demeure servit de prison sous la Terreur pour le district de Carentan avant d'être démoli peu-après par le sieur Le Cauf qui en avait fait l'acquisition.
Pourtant, cette famille, traditionnellement établie dans cette commune après qu'un chef viking ait fait le voeu de se convertir au catholicisme s'il réchappait à une tempête, fut l'une des premières qui embrassèrent le protestantisme, et à fournir des chefs au parti des Huguenots dans le Cotentin. C'est le père de Henri-Robert, Nicolas, qui fut le premier à adhérer aux thèses réformées ; il s'engagea dans la conjuration d'Amboise de mars 1560 où des gentilshommes tentèrent de s'emparer du roi François II afin de le soustraire à l'influence du Duc de Guise. Le complot fut déjoué et les conjurés furent arrêtés, noyés dans la Loire, pendus ou massacrés par la foule, la répression faisant près de 1500 morts, mais le Capitaine Sainte-Marie échappe aux pièges et revient, avec les contentinois qu'il guidait, chez lui.
Henri-Robert adopte les convictions paternelles avant d'abjurer en 1600, suivant avec retard son royal ami puisque Henri IV avait abjuré solennellement le protestantisme le 25 juillet 1593. Voici ce qu'écrit Pierre de l'Estoile (Journal des choses mémorables advenues durant le règne de Henry IV, Vol.2 p. 274 :
"Il avait toujours fait profession de la religion protestante, mais en 1598, il s'opposa formellement au dessein que Mrs de Bouillon, de La Trimouille et du Plessis avaient eu de faire comprendre l'église de Sedan parmi celles du Royaume : ce qui montrait bien qu'il n'avait guères d'union avec les principaux d'entre les Réformez. Or en l'année 1600, il résolut d'abandonner ouvertement la religion, soit que les promesses du roi eussent achevé de l'ébranler ou que sa vie libertine dont il ne voulait pas se corriger l'avertit de quitter de lui-même une Communion de laquelle il courait risque d'être retranché bientôt s'il ne l'était déjà. Cet homme se résolut donc à changer de religion [...] Sainte-Marie de Mont mourut à Fontainebleau le dernier jour de novembre 1607, et le roi qui, par un effet de l'amitié qu'il lui portait, lui avait donné un Emploi non nécessaire, et apparemment fort à charge à ses finances, ne voulut pas lui donner de successeur. Nous apprenons de la vie du Duc d'Epernon que Ste-Marie du Mont avai été Capitaine de Chevaux Légers jusqu'en 1589." Et encore : "Le Baron de Ste-Marie du Mont, d'ancienne Maison et allié dès 1487 dans celle des Comtes de Dreux, avait accompagné le nouveau roi Henri IV a son voyage de Dieppe en septembre 1589 à la tête de son Régiment d'Infanterie et s'était trouvé tôt après au siège du petit Andely, dans la Normandie." link
Le patronyme Aux-Épaules.
Ah, Ventre-saint-gris, c'est ce nom-là qui m'intrigue, et j'aimerais en savoir plus.
VIEUL "SCHE SULKEN". Le chef danois épousa la fille du Comte de Cotentin, la jeune Baudour, en 910, et fit souche ; le premier de ses descendants dont on trouve la trace est Albinus Ad Humeret, forme latine de "Aux-épaules" . Puis ce nom se transforme en DESHUMERES avec Roger Deshumères (existe en 976), et c'est au XIe siècle que le nom AUX-ÉPAULES est en usage. On note la préposition Aux- suivi d'un terme anatomique avant un nom de noble, au lieu de la préposition "de" suivie d'un toponyme, et si habituelle qu'on la désigne sous le nom de "particule nobiliaire". Pourrions-nous trouver d'autres patronymes nobles construits avec "à, "au" ou "aux" ?
Brève généalogie d'Henri-Robert (Aux-Epaules)
1) De Sche Sulken à Henri-Robert, sans descendance mâle :
Notes :