Histoire des mondes normands
Carrière de Fontaineriant - Sées les Choux
Bref résumé
L'exploitation des carrières de l'Orne de 1870 à 1939 . Le premier préfet de l'Orne", Joseph de La Magdeleine, voyait le
département comme l'un des plus industrialisés de France. En 1864, le secteur industriel employait près de 85 000 personnes. En 1900, sur une population active de 174 470 individus, 51 764 personnes travaillaient dans l'industrie
soit presque 30 %. L'Orne possède donc une tradition industrielle dans de nombreux secteurs, notamment ceux du textile et de la métallurgie.
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Le travail dans les carrières est souvent pénible et dangereux. L'ouvrier doit porter de lourdes charges, travailler au moins 10 heures par jour et être en contact permanent avec des poussières néfastes. Les postes les plus pénibles sont souvent occupés par les ouvriers étrangers, ce sont ceux de l'extraction et du déblayage. Cependant, « le carrier gagne un salaire élevé, de
4,50 francs à 6 francs par jour alors que l'ouvrier agricole ne gagne que
3 francs par jour. »16 En règle générale, les salaires des carriers sont donc
nettement supérieurs à ceux des ouvriers agricoles. On peut comparer la
valeur de ces salaires avec le prix des denrées alimentaires à la même
époque. Ainsi, entre 1907 et 1914, un pain de un kilogramme coûtait environ
trente centimes, une douzaine d'œufs valait un franc et vingt centimes tandis
qu'un kilogramme de beurre coûtait deux francs et trente cinq centimes.
Les conditions de travail sont donc pénibles et le métier de carrier
comporte de nombreux risques. Selon les rapports du Service des Mines des Ponts et Chaussées, on dénombre environ 140 accidents entre 1883 et 1935 dans les carrières de l'Orne. Ces accidents sont la cause de 49 décès et 104 blessés.
Être carrier : les conditions de vie
Le carrier est un ouvrier de l'industrie rurale et en tant que tel il applique à la fois des comportements de vie des ouvriers d'usine et des ouvriers agricoles. Le logement et les conditions de vie ne sont donc pas vraiment spécifiques à cette profession mais on remarque quelques caractéristiques que l'on peut associer à la vie du carrier.
Les logements sont souvent humides et mal construits mais les ouvriers habitant la campagne sont souvent propriétaires et ont pratiquement tous un jardin, une vache, un champ. Les ouvriers urbains sont donc défavorisés.
Le carrier habite des maisons en planches, petites, étroites, noires, sales, mal aérées, de véritables taudis. Il vit dans la misère et le vice, à l'écart de la population sédentaire. »
Carrières de Fontaineriant et Route du Bouillon .
Le matin, après le café noir du déjeuner, père, mère, enfants, même les fillettes de plus de 13 ans, partent pour la carrière. Il ne reste pas de ménagère à la maison. Problème d'alcoolisme de ces ouvriers : « le carrier boit tant d'alcool qu'il est plus misérable que l'ouvrier agricole. Cet alcoolisme intense engendre, avec la misère, la maladie et l'immoralité. Une mortalité effrayante sévit sur les enfants en bas-âge ». L'auteur rappelle alors les nombreux cas de rachitisme et de tuberculose mais ils ne sont pas l'apanage des ouvriers carriers et touchent d'autres catégories d'habitants. Les enfants sont le plus souvent éduqués pour devenir eux aussi des carriers. Dés l'âge de 13 ans, le père emmène son enfant sur le chantier pour lui apprendre le métier. Une fillette ira travailler avec les femmes et les personnes les plus âgées tandis qu'un garçon apprendra le métier de carrier. Raoul de Felice remarque cette tradition familiale : « de père en fils, le carrier, le casseur de cailloux, ne connaît que ce métier. »
Au cours du XXe siècle, les conditions de vie se sont améliorées et les carriers ont définitivement adopté des comportements ouvriers et abandonné le monde agricole. Afin de mieux défendre leurs droits, les carriers se sont parfois unis à d'autres catégories d'ouvriers.
Présentation des carrières
À l'origine le terme « carrière » signifie lieu où l'on taille les pierres en carré. Par extension il s'agît d'une excavation artificielle, peu profonde, le plus souvent à ciel ouvert et d'où l'on tire la pierre mais aussi l'argile, la marne ou le sable. Le principe posé par le Code Civil est que les produits de carrières appartiennent au propriétaire du sol qui peut soit les exploiter luimême, soit en confier l'exploitation à un tiers de son choix sous réserve d'obtenir l'autorisation de l'Administration. Des lois et des décrets furent imposés aux entrepreneurs concernant l'exploitation des carrières de l'Orne
au fil du XIXe et du XXe siècle. Ce sont surtout des mesures concernant la sécurité des ouvriers. Ainsi, le décret du 10 février 1892 portant règlement sur les carrières du département de l'Orne est très important pour tous les carriers et les exploitants. Ce décret est très souvent cité dans les rapports du Service des Mines lorsque les exploitants enfreignent la réglementation.
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