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Histoire des mondes normands

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Alençon : histoire des cimetières : la place de la Madeleine et le Champ de foire / Adhémard Leclère

Alençon : histoire des cimetières : la place de la Madeleine et le Champ de foire / Adhémard Leclère

 

 

cimetières, Alencon (Orne)

Créateur 

Leclère, Adhémard (1853-1917)

Source 

Bibliothèque de Caen

Éditeur 

Impr. P. Hamonnet (Alençon)

Date 

1914

Droits 

 

domaine public

***

La place de la Madeleine et le Champ de Foire

I

LES CIMETIÈRES D'ALENÇON

 Il y avait avant la Révolution, ou plus exactement avant le XIXe

 siècle, quatre cimetières à Alençon, y compris

celui de Courteille. En outre, les églises, les chapelles et leurs enclos étaient de véritables charniers où l'on

enterrait (encavait serait plus exact) les personnages et les gens riches [1], des prêtres ou des religieuses. C'est

ainsi que la famille de Fromont avait le droit de faire inhumer ses membres défunts dans la chapelle de SaintBlaise,

que les Sevin, chapelains de la chapelle Notre-Dame de Lorette, dite aussi de Nazareth (en Montsort),

jouissaient du droit de s'y faire inhumer [2] ; c'est encore ainsi que les Jésuites pouvaient se faire enterrer dans le

collège qu'ils dirigeaient, et c'est parce qu'ils usaient de ce droit qu'on a trouvé, il n'y a pas longtemps, une

cinquantaine de leurs squelettes sous le sol de la cour dite de la gymnastique, là

[p. 2]

même où sont les piliers du bâtiment léger qu'on y voit. Les Capucins se faisaient aussi enterrer chez eux, dans le

joli petit bois qui leur servait de « promenoir » avant 1790. Les Cordeliers, voisins des filles de Notre-Dame et des

filles de Sainte-Claire, et les religieuses de ces deux communautés, étaient inhumés soit dans leurs chapelles,

soit dans un coin bénit de leur jardin [3].

 Les protestants, quand ils n'eurent plus de cimetière, confièrent leurs morts également à la terre de leurs

jardins particuliers ou bien à celle d'un enclos choisi chez un de leurs coreligionnaires pour ceux qui ne

possédaient aucune propriété. Les squelettes anciens qu'on découvre parfois en notre ville dans les cours et les

jardins privés proviennent de ces sépultures huguenotes : ceux par exemple qu'on a tirés du jardin de la Société

Générale il y a quelques années et qui étaient une cinquantaine, assure-t-on ; ceux qu'on a sortis du jardin de la

maison n° 11 de la rue du Collège, laquelle, au XVIIIe

 siècle et peut-être au XVIIe

, appartenait à la famille Leconte

[4], étaient aussi des squelettes de huguenots pour lesquels il n'y avait pas eu de terre bénite par les prêtres

catholiques et qu'on ne pouvait enterrer dans les cimetières paroissiaux sans s'exposer à les voir tirer de leurs

fosses et traîner par les rues.

 Je pourrais encore citer dix autres endroits où, depuis un siècle, on a trouvé de pareils dépôts, sacrés mais

oubliés, d'ossements maudits qui attestent la fureur d'une persécution religieuse qui dura 125 ans et qui ruina

notre ville [5].

 Mais ces faits, si nombreux qu'ils fussent, ne constituaient pas la règle. La règle était que les catholiques

fussent enterrés dans l'un des quatre cimetières qui, de temps immémorial, avaient été créés autour de l'église de

Notre-Dame ou des églises annexes de cette église paroissiale : Saint-Léonard, annexe de l'église Notre-Dame,

desservie par un vicaire amovible ; Montsort qui, avant la Révolution, parce qu'il était situé sur la rive gauche de la

Sarthe, faisait partie de l'évêché du Mans ; Courteille, qui était, de même que la section de Saint-Léonard, une

annexe de la paroisse Notre-Dame, mais qui fut, en 1790, érigé en paroisse indépendante.

 Ces quatre cimetières ont survècu à la Révolution, mais comme des « miasmes pestilentiels » s'en élevaient et

qu'on accusait les morts qui [p. 3]

s'y désagrégeaient d'empoisonner les vivants, les autorités municipales d'Alençon, conformément d'ailleurs à une

ordonnance du Parlement de Rouen (1778) qui n'était pas encore oubliée et au décret du 25 prairial an XII,

songèrent à désaffecter ces anciens cimetières et à en aménager d'autres assez éloignés de la ville et des

agglomérations de maisons pour n'être point dangereux. Mais, bien que la chose fut urgente, notre municipalité

alençonnaise d'alors, qui n'était pas plus active que celle d'aujourd'hui, ne se pressa guère d'obéir, et il faut arriver

jusque vers la moitié de l'Empire pour voir nos édiles se mêler d'aménager de nouveaux cimetières selon les

principes nouveaux.

 C'est l'histoire de ces derniers « champs de repos » que je vais raconter ici, d'après les vieux papiers, les

anciens registres et les écrits de nos aïeux. Je la crois assez intéressante, assez curieuse, pour espérer qu'elle

trouvera des lecteurs soucieux d'apprendre quelque chose sur des coutumes funéraires maintenant oubliées et

qu'on me tiendra quelque compte de songer, après m'être occupé de l'histoire d'Alençon, à la foule des

anonymes, nos aïeux, qui sont morts sans laisser derrière eux un seul souvenir, pas même un tombeau pour

rappeler leurs noms et dire qu'ils habitèrent cette ville d'Alençon où nous vivons, les maisons où nous logeons,

tout au moins le sol sur lequel ces maisons sont bâties, celui des rues que nous parcourons sans penser à eux.

Ne sommes-nous pas, sinon leurs descendants directs tout au moins leurs successeurs ?

 Voici cette histoire et, tout d'abord, vingt notes rassemblées peu à peu qui nous diront ce qu'étaient autrefois

les coutumes relatives aux funérailles et aux cimetières.

II

Les Cimetières avant la Révolution

 On ne sait pas à quelle époque il faut faire remonter la création des trois principaux cimetières d'Alençon, mais

il y a lieu de croire qu'ils remontent très loin dans le passé et que leur établissement est contemporain des églises

autour desquelles nos aïeux d'il y a cent ans les ont connus.

 L'usage était alors d'inhumer les fidèles autour de l'église ou ils avaient été baptisés, communiés et mariés,

dont ils avaient vers la fin de leur vie suivi les offices.

LE CIMETIÈRE DE MONTSORT

 Conséquemment, le plus vieux cimetière d'Alençon était celui de Montsort qui, jusque vers 1810, existait

autour de l'église Saint-Pierre, là même où se trouve la place aujourd'hui dite de l'Eglise [6]. Il empiétait fortement

sur la rue du Mans et sur celle des Tisons, et s'étendait jusqu'au bas de la place, au nord. Les places du faubourg,

quand ce cimetière existait, étaient celles dite du Bas-de-Montsort qu'on nommait aussi place à la Ferraille

[p. 4]

et la place aux Poulies qui tirait son nom des petites poulies qui servaient à hisser les pigeons, les merles ou

papageaux de bois qu'on montait au sommet des mâts pour le jeu de l'arc dit du papageau ou du papageai [7].

LE CIMETIÈRE NOTRE-DAME

 Le plus ancien cimetière après celui de la paroisse de Saint-Pierre-de-Montsort était celui de Notre-Dame qui,

dès le IXe

 siècle, au temps du vieux bourg et de Guillaume Talvas, occupait les alentours de l'église. Son territoire

fut, au XIe

 siècle, agrandi d'une parcelle de terrain que Pierre Chancé, prieur de la paroisse, représentant de

l'abbaye de Lonlay, offrit, en 1245, et qui est certainement aujourd'hui une partie de la place de la Madeleine que

nous connaissons sous le nom de Marché.

LE CIMETIÈRE SAINT-LÉONARD

 Le troisième cimetière créé à Alençon est incontestablement celui de Saint-Léonard qui s'étendait autour de

l'église de ce nom, surtout au nord [8], en opposition au marché des Etaux qui était à l'ouest de l'église, le long de

la route de Rennes qui débouchait à Alençon par la route de Paris, passait près du champ de foire, dévalait le

faubourg Saint-Blaise, la Grande-Rue, limitait les Etaux à gauche, continuait par la rue de la Barre, par celle du

faubourg de la Barre, traversait le carré [9] de Candy, prenait le chemin de Villeneuve et continuait vers Condé-

sur-Sarthe où s'ouvrait la grande route vers Rennes et la Bretagne. 

LE CIMETIÈRE DE COURTEILLE

 L'église Saint-Roch que nous connaissons avait, par les soins de Mme de Guise, en 1679, remplacé sur un

terrain dit de la Boisselière, une vieille chapelle ruinée. Ce cimetière est le dernier qui fut aménagé à Alençon.

L'église actuelle ayant été construite sur l'emplacement de la chapelle disparue, le petit et ancien cimetière de

Courteille se trouva conservé et légèrement agrandi autour du temple nouveau.

III

La police des Cimetières avant la Révolution

 La police des cimetières avant la Révolution était sévère et souvent injuste parce que le cimetière était non

seulement un champ de repos, le champ des morts, la terre des ancêtres décédés, mais parce qu'il était encore et

surtout la terre bénite par les prêtres pour les catholiques et fidèles décédés.

 Il était d'usage de refuser cette terre aux excommuniés, à certains condamnés à mort, aux hérétiques,

calvinistes ou luthériens, huguenots, décédés sans avoir renoncé à leur hérésie. On la refusait même aux

nouveaux convertis qu'on soupçonnait de n'avoir pas renoncé du fond du coeur, ou dont on avait cru remarquer

un retour à l'hérésie.

[p. 5]

 Le clergé se réservait le droit de refuser la terre bénite à ceux qui mouraient sans être confessés, parfois aux

gens qui mouraient de mort subite avant d'avoir eu le temps d'obtenir leur pardon. Les prêtres pouvaient refuser

leurs prières aux enfants morts avant d'avoir été baptisés, mais cette sévérité était rare [10].

 On refusait le cimetière paroissial ou du district, c'est-à-dire la terre bénite, non seulement aux hérétiques, aux

décédés sans confession, aux enfants morts avant le baptême, mais encore aux comédiens parce qu'à cause du

métier de « farceur public » qu'ils exerçaient, ils étaient retranchés de la communion (1680).

 On refusait encore l'absolution in-extremis et les prières des morts, la terre bénite à un comédien qui, avant de

mourir, n'avait pas pris l'engagement formel de renoncer à son métier s'il guérissait.

 Cette sévérité injustifiable poussait parfois à des abus terribles.

 En 1696, un calviniste de la place des Etaux, soupçonné de n'avoir pas renoncé de coeur à sa foi ancienne et

qui, avant de mourir, n'avait point donné des preuves non équivoques que son renoncement était sincère, fut de

nuit arraché du cimetière Saint-Léonard par une bande de gredins, traîné par la rue à la Bonette et abandonné

dans celle du Château à ses enfants qui durent l'enterrer dans leur jardin.

 Une jeune fille huguenote, la demoiselle Houssemaine, qui, tombant d'une terrasse, s'était tuée par accident,

fut abandonnée trois jours dans la rue sans que personne osât se présenter pour enlever son cadavre. Elle fut

ensuite enterrée dans un jardin voisin.

 Un catholique décédé sous la porte de la Barre comme il y passait, frappé d'une congestion dont il mourut sur

le coup, c'est-à-dire sans confession, probablement soupçonné d'hérésie, demeura trois jours sur la voie publique.

 Cela suffit pour caractériser une époque et pour montrer jusqu'où iraient les cléricaux d'aujourd'hui, ces gens

de foi brutale plutôt que chrétienne, si on les laissait faire, s'ils avaient la police des cimetières comme ils ont

encore celle des églises.

 Vers 1876, le général Ducrot, dit mort ou victorieux, commandant la place de Lyon, ne pouvant interdire les

cimetières aux personnes ayant demandé d'être enterrées sans les prières d'un prêtre, obligeait ceux qui

assistaient aux inhumations civiles à y procéder avant six heures du matin en été et sept heures en hiver.

LES SCANDALES A L'OCCASION DES FUNÉRAILLES

 Les scandales n'étaient pas rares. En 1560 ou environ, un vicaire de Saint-Léonard ayant refusé de conduire

un corps jusqu'au monastére des Filles-Notre-Dame et l'ayant laissé devant la porte de la maison mortuaire ou à

la porte de la chapelle, l'évêque de Sées décida contre lui et blâma sa conduite, mais cette sentence ne plut ni au 

clergé de Notre-Dame ni a

[p. 6]

celui de Saint-Léonard, et les résistances furent nombreuses au cours des XVIIe

 et XVIIIe

siécles. Elles produisaient

toujours des scandales et des conflits regrettables de nature à nuire non seulement aux prêtres qui les

provoquaient mais à la religion elle-même qu'ils avilissaient.

 Le clergé exigeant que les corps des gens qui devaient être enterrés dans les monastères fussent d'abord

portés à l'église paroissiale et les filles de Notre-Dame, les filles de Sainte-Claire n'y voulant pas y consentir, le

curé se fâcha ; les filles résistaient et quand on envoyait contre elles des agents pour intervenir, elles pressaient

tellement les choses que ceux-ci arrivaient quand l'office était commencé, alors qu'on n'osait plus agir de peur de

soulever le populaire.

 D'autrefois, quand il s'agissait d'une personne décédée au couvent mais venue de l'extérieur pour y mourir afin

qu'on put l'enterrer dans l'enclos ou dans la chapelle, et quand les religieuses ne pouvaient empêcher que le

corps fut sorti du couvent puis porté à Notre-Dame avant d'être rapporté dans leur église, elles déposaient le

cercueil à la porte du monastére, l'abandonnaient dans la rue où le clergé venait en faire la levée. Les religieuses

agissaient ainsi, comme bien on pense, afin de produire dans la population le plus grand scandale possible.

 Cet état de choses dura tout le XVIIe

 et le XVIIIe

 siècles, et permit un certain nombre de scandales, notamment

ceux des religieuses de Notre-Dame en juillet 1684, le 26 août 1688, le 30 decembre 1699 ; ceux des religieuses

de Sainte-Claire en 1672, en 1723 ; ceux de l'hôpital en 1703, et 1705 ; celui de la maison de l'Union chrétienne,

vers la même époque.

LES DROITS D'INHUMATION

 Ces droits étaient, pour la seconde moitié du XVIIe

 siècle, de 5 sols pour un enfant, de 8 sols pour une grande

personne. De plus il fallait donner au sacriste 10 sols pour son droit, 10 sols pour l'autel, 10 sols pour la semence,

mais aux trentaines il fallait payer 10 sols pour le droit du sacriste, 10 sols pour l'assistance, 10 sols pour la

semence et 10 sols pour l'autel.

 Ces prix furent maintenus par l'ordonnance épiscopale de 1718 [11].

 Le curé gardait la cire des cierges qui avaient servi aux cérémonies funèbres.

 L'usage était alors, comme il s'est perpétué à Alençon jusqu'à notre époque, d'offrir des toiles blanches pour

orner les croix qu'on tenait haut lors des inhumations. La cérémonie finie, ces toiles appartenaient au curé. Seules

celles dont les pauvres ou pauvresses se couvraient les épaules leur restaient [12]. — Les trésoriers des églises

encaissaient de leur côté le

[p. 7]

droit des fosses ouvertes dans les cimetières. Ce droit était, en 1636, de 3 livres et 10 sols pour les grandes

personnes et de 40 sols pour celles âgées de moins de 20 ans. Il était le double de cette somme un siècle plus

tard.

IV

Les anciens Cimetières avant 1800

LE CIMETIÈRE DE NOTRE-DAME EN 1618

 Je ne découvre rien sur les cimetières avant le commencement du XVIIe

 siècle mais, à la date de 1618, je

trouve que l'évêque de Sées ordonna que le cimetière de Notre-Dame serait entouré d'un mur de six pieds de

hauteur fermé de portes munies de serrures, probablement pour empêcher les enfants d'y aller jouer et les

amants de s'y donner des rendez-vous comme c'était l'habitude alors. C'est ainsi que les morts gardaient la vertu

des vivants. Il semble que les cimetières n'étaient pas les lieux sacrés et d'horreur qu'ils sont aujourd'hui à nos

yeux [13]. L'ordonnance épiscopale avait certainement pour but de maintenir la décence dans le champ des morts

de Notre-Dame.

 Ce cimetière empiétait à cette époque beaucoup sur la Grande-Rue telle que nous la connaissons, mais il y a 

lieu de croire que cette rue s'étendait sur l'emplacement des maisons de la Grande-Rue qui font face à la place de

la Madeleine alors cimetière de Notre-Dame. Les fenêtres et les portes des maisons qui, entre la rue Etoupée et

la Grande-Rue, dominaient le champs des morts parurent inconvenantes à l'évêque. Leurs propriétaires furent

alors mis en demeure de boucher celles qui étaient ouvertes sur le cimetière, mais il est à croire qu'ils n'obéirent

pas à cette injonction et qu'on revint sur cette mesure ; ou bien ils faut comprendre que ces jours ouvraient

directement sur le cimetière, qu'on ferma ce côté par un mur de six pieds de hauteur et qu'on ouvrit une rue qui le

côtoyait et permettait d'aller de la Grande-Rue à la rue Etoupée. Je ne sais que penser car, autrement, c'eût été

supprimer l'accès des maisons, ce qu'on ne peut admettre.

 Le cimetière de Notre-Dame ne recevait pas de monuments funéraires, je crois, parce que ce n'était pas

l'usage d'en construire en plein air ; ce qui est certain, c'est qu'on n'a pas trouvé trace de tombeaux dignes d'être

transférés à l'époque de sa désaffectation complète en 1810 [14]. Les inscriptions

[p. 8]

sur pierre et les croix sur lesquelles étaient peints les noms, prénoms, âges et épitaphes funéraires étaient seules

en usage. Je parle d'Alençon et, si l'on veut, des pays au nord de la Loire, car au sud les usages romains

persistèrent longtemps ; et beaucoup de tombeaux monumentaux y étaient élevés dans les champs qui avaient

appartenu aux décédés et le long des routes à la sortie des villes.

LE CIMETIÈRE DE SAINT-BLAISE[15]

 Le cimetière de Notre-Dame, tel que j'ai pu le montrer ici, bien que menacé depuis longtemps, devait

cependant durer jusqu'en 1808, sous l'Empire. Situé au centre de la ville, occupant un espace peu vaste, mais

qu'on pouvait avantageusement aménager en marché, il gênait les vivants et l'on prétendait qu'il était un foyer de

miasmes et d'épidémies. On parlait depuis longtemps d'un autre emplacement plus éloigné du centre de la ville et

situé hors des murs. Je veux parler du champ situé entre les routes de Sées et de Paris qui, l'une et l'autre,

aboutissent à la rue du faubourg Saint-Blaise, c'est-à-dire du champ de foire actuel, mais il y avait opposition à ce

projet, et je crois que cette opposition venait du clergé, voici pourquoi :

 Lors de l'exécution de l'Edit de Nantes par les envoyés royaux, MM. de Jamberville et d'Heudreville, les

protestants qui, à l'époque de la Saint-Barthélemy, avaient été dépouillés du droit dont ils jouissaient alors d'être

enterrés dans les cimetières paroissiaux, obtinrent l'autorisation de créer un cimetière là où se trouve le champ de

foire, ou peut-être de conserver celui qu'ils avaient établi pour n'être pas obligés de se faire inhumer dans leurs

propriétés. Plus tard, le cimetière de Notre-Dame, à la suite d'épidémies ayant été remplacé, le Conseil de Ville

décida l'ouverture du

[p. 9]

cimetière de Saint-Blaise et donna l'autorisation d'y enterrer les catholiques dans une partie du terrain non

abandonné aux soi-disant hérétiques. Un ormeau qui se trouvait au centre fut désigné comme point-limite entre le

cimetière des catholiques et celui des calvinistes ou huguenots. Il est probable que le voisinage du cimetière des

hérétiques ne plaisait pas aux catholiques et que, déjà dès ce temps, le curé de Notre-Dame d'Alençon songeait à

s'emparer de la partie concédée aux dissidents et qu'on intriguait pour atteindre ce but. Il y avait une certaine

résistance, soit qu'on trouvât la mesure excessive et qu'on n'osât pas dépouiller les hérétiques d'un terrain sinon

acheté, du moins aménagé par eux, soit qu'on pensât que les catholiques pouvaient sans aucun inconvénient

enterrer leurs morts dans la partie du cimetière de Saint-Blaise qui leur était réservée. La lutte continuait quand,

vers 1630, le curé de Notre-Dame, probablement pour mettre les magistrats en face d'un fait accompli, prit sur lui

d'abattre l'ormeau marquant la ligne de séparation et réunit les deux cimetières en un seul où l'on ne recevrait que

les dépouilles des catholiques. Le 20 octobre 1637, le Conseil d'Etat en présence du fait accompli et qui, depuis

plusieurs années, était saisi d'une requête au roi signée des habitants du district de Notre-Dame d'Alençon, ratifia

l'acte du curé et défendit aux huguenots d'enterrer dorénavant leurs morts dans le cimetière de Saint-Blaise. Les

malheureux persécutés ne résistèrent point, mais réclamèrent et obtinrent l'autorisation d'occuper un terrain qu'ils

achetèrent dans le faubourg de Saint-Blaise entre la propriété de M. de Fromont de la Billardière, depuis

l'Intendance (la Préfecture), la rue de Saint-Blaise et les fossés de la ville. C'est ce cimetière que Mme de Guise fit

détruire en 1680 et dont elle fit jeter les ossements dans la partie des fossés qu'on comblait afin de lui ouvrir un

passage vers Notre-Dame plus facile et plus court que la rue du faubourg [16]

 A l'époque de la confiscation du cimetière de Saint-Blaise, l'évêque de Sées déclara qu'ayant été pollu par

suite des inhumations des protestants, on ne pouvait y enterrer aucun catholique avant de l'avoir réconcilié

[p. 10] 

puis, soucieux de veiller à la bonne tenue des cimetières, probablement à la suite de scandales pareils à ceux qui

l'avaient amené à entourer de murs le cimetière Notre-Dame, il défendait aux promeneurs l'accès du cimetière de

Saint-Blaise.

 En 1708, une autre ordonnance épiscopale réduisait de moitié le cimetière de Saint-Blaise et ordonnait

d'entourer d'un mur la partie conservée. Elle autorisait en outre l'acquéreur de la partie distraite à la mettre en

labour sous la condition d'enlever les os des fidèles qui s'y trouvaient, non ceux des protestants dont il n'est pas

parlé [17]. Cet ordre ne paraît pas avoir été exécuté, car l'évêque de Sées faisait à ce sujet en 1713, au cours de

sa visite épiscopale à Alençon, des observations qui ne manquaient pas de sévérité. Il est même probable qu'on

n'en tint aucun compte.

 En 1730, un gentilhomme ayant été tué en duel dans ce cimetière, le terrain fut de nouveau déclaré pollu par

l'évêque et l'ordre fut donné de le réconcilier de nouveau.

 Je ne sais à quelle date le cimetière de Saint-Blaise fut réconcilié, mais il paraît certain qu'on n'y porta guère

de morts entre 1730 et 1737 et que le cimetière de Notre-Dame, presque abandonné depuis 1717, était redevenu

à la mode. Peut-être depuis cette époque, les fidèles, quand cela plaisait au curé, avaient-ils la latitude de choisir

pour leurs morts celui des cimetières qui leur agréait le mieux. Ce qui est certain c'est qu'en 1737, peut-être après

la réconciliation, le cimetière de Saint-Blaise fut de fait préféré au cimetière Notre-Dame puis qu'à partir de 1740 il

fut régulièrement mis à la disposition des fidèles.

 En 1777, le 18 avril, le Conseil de Ville, ayant eu à s'occuper de nouveau de l'insalubrité des cimetières situés

en ville et du danger qu'ils faisaient courir aux habitants, décida leur remplacement par d'autres cimetières, trouva

que celui de Saint-Blaise suffisait pour la paroisse de Notre-Dame, et décida que tous les morts de cette paroisse

y seraient dorénavant inhumés [18].

 Cependant cette décision prise par le Conseil de Ville avant d'avoir consulté l'évêque Néel de Christot [19] ne

plut pas à Sa Grandeur, bien qu'on eut pris soin de la lui faire régulièrement et officiellement connaître. Elle

répondit en lançant l'interdit sur le cimetière de Saint-Blaise. Quand l'évêque mourut, l'affaire n'était pas

solutionnée et son successeur, Mgr du Plessis d'Argentré [20], refusa de lever l'interdit.

 Le Conseil de Ville se fâcha et décida d'envoyer au Parlement de Rouen une requête le priant d'inviter

l'évêque de Sées de « lever l'interdit jeté par son prédécesseur sur le cimetière de St-Blaise à cause que le

nombre des corps inhumés dans le cimetière rempli de l'église pouvait causer la contagion ». On lit dans cette

requête que deux et même trois corps avaient été enterrés dans la même fosse, ce qui donnait lieu de craindre

[p. 11]

que, lorsque les chaleurs viendraient, le nombre des malades augmentât.

 Le Parlement donna raison au Conseil municipal et l'évêque fut invité à lever l'interdit, ce qu'il fit de mauvaise

grâce et si inefficacement que la Révolution seule put trancher définitivement, en 1790, une question qui

intéressait la ville entière et qu'on n'avait pas trouvé le moyen de solutionner en dix ans.

 Enfin le cimetière de Notre-Dame fut désaffecté et, le 18 prairial an IV (8 juin 1796), le Conseil décida que le

mur de clôture élevé en 1618 serait vendu par adjudication publique à charge pour l'adjudicateur de le démolir et

d'en emporter les matériaux. Le 23 frimaire an V (13 décembre 1778), il autorisa l'administration de l'hôpital à

enlever de l'ancien cimetière les pierres restant de la démolition des murs et les pierres tombales abandonnées

qui n'avaient pas été transportées dans le nouveau cimetière de Saint-Blaise.

LE CIMETIÈRE SAINT-LÉONARD AU XVIIIe

 SIÉCLE

 Quant au cimetière de Saint-Léonard, qui entourait l'église et qui avait, place aux Etaux, empiété sur la route

de Paris à Rennes, on le diminua en 1755 d'une bande de terrain qui permit d'élargir non seulement la rue mais le

carrefour des Etaux lui-même où se tenait alors le marché aux bouchers.

 Quand, un peu plus tard, ce cimetière fut devenu, de même que celui de Notre-Dame, un charnier puant et

dangereux pour la santé publique, le Conseil de Ville, par le même arrêté qui désaffectait le cimetière Notre-Dame

(18 avril), décidait que le cimetière de Saint-Léonard serait à son tour prochainement désaffecté non seulement

parce qu'il était trop petit eu égard au nombre des habitants du district, mais parce que, de même que ceux de

Notre-Dame et de Montsort, étant situé au milieu des maisons, il occasionnait un mauvais air capable d'entretenir 

longtemps les maladies contagieuses.

 Le même jour que le Conseil de Ville prenait cette délibération, le curé de Notre-Dame, accompagné du

desservant ou vicaire amovibles de Saint-Léonard, bénissait un terrain situé dans les Promenades probablement

à l'endroit où se trouve aujourd'hui le châlet-café de la musique. Ce terrain faisait alors partie de l'ancien grand

parc des comtes et ducs d'Alençon qui, depuis 1774, avait été concédé à la ville.

 Faire un cimetière en cet endroit, au beau milieu des Promenades projetées, était une faute. Aussi fut-il

éphémère [21]. On le conserva sous la Révolution et l'Empire, mais on prévoyait qu'il faudrait bientôt le

transporter ailleurs, et déjà l'on désignait un terrain situé entre la route de Villeneuve et celle de Saint-Germain,

c'est-à-dire celui où se trouve le cimetière actuel dit de Saint-Léonard.

[p. 12]

 A cette époque on parvenait au cimetière par un passage ouvert dans la rue Basse-des-Promenades. On

pensa plus tard que l'accès serait plus convenable s'il avait lieu par le carré de Candie. En juillet 1792, un sieur

Lindet demanda à acheter le terrain où se trouvait le passage qui était un chemin mal commode et peu large,

sous la condition de construire à ses frais une porte ouvrant le cimetière sur le chemin de Candie. Cette

proposition fut acceptée par le Conseil municipal et il semble que jusqu'à la suppression de ce cimetière des

Promenades, la porte principale fut ouverte là où se trouve l'escalier de la principale allée sur la rue Candie en

face du jardin de Mme Herpin.

LE CIMETIÈRE DE MONTSORT AU XVIIIe

 SIÈCLE

 Le cimetière de Saint-Pierre de Montsort était également menacé de disparaître, mais comme le faubourg ne

comportait guère plus de 2.000 habitants en 1790 et que son champ des morts était en somme moins « rempli »

que ceux de Saint-Léonard et de Notre-Dame, l'urgence de le transférer était moins grande. On ajourna à plus

tard la délibération à prendre, mais en janvier 1794 le Conseil municipal dut de nouveau s'occuper de lui.

 Le 31 janvier qui correspondait au 11 pluviôse an II, il reconnaissait de nouveau que le cimetière de Montsort

était insuffisant et qu'il était dangereux pour la sécurité publique d'y enterrer encore. Une commission composée

de MM. Launay. Le Preux et Le Rouillé fut chargée de chercher et de trouver un nouvel emplacement éloigné de

l'agglomération.

 Le 2 février suivant (13 pluviôse), il décidait que les morts provenant des sections de l'Union et des SansCulottes

(Montsort et Saint-Léonard) seraient enterrés au cimetière Saint-Léonard dans les Promenades ; que les

morts des sections de la Montagne et de la Raison (Notre-Dame et Collège) seraient inhumés au cimetière de

Saint-Blaise.

V

Les nouveaux cimetières au XIXe

 siècle

LE CIMETIÈRE SAINT-BLAISE ET LA PLACE DU MARCHÉ-NOTRE-DAME

 Le cimetière de Notre-Dame établi au futur champ de foire (8 juin 1796) entre les routes de Paris et de Sées,

les matériaux de l'ancien mur et ceux provenant des tombes étant enlevés, le terrain ayant été nivelé, se trouvait

être une belle place où déjà le marché aux légumes et aux fruits s'y tenait le dimanche, le lundi et surtout le jeudi.

 Au cours du XVIIIe

 siècle, longtemps avant la Révolution, un sieur Jouanne tenait une boutique de librairie

établie sous le portail de Notre-Dame depuis on ne savait plus quelle époque. Il payait pour cela une redevance à

la fabrique. Le 4 pluviôse an VII, le sieur Lebouc, qui avait succédé à Jouanne, obtint de la commune l'autorisation

de reconstruire sa boutique sur l'emplacement qu'elle occupait (3 brumaire an VII), puis il la céda au citoyen Bara

moyennant un prix de 265 livres. Celui-ci la garda jusqu'en l'an XIV (1804) et l'on ne trouve aucune trace des

loyers payés par lui depuis cette époque. N'ayant plus à les payer au curé ou au marguillier qui avaient disparu au

cours de la tourmente, les paya-t-il au placier de la ville ? On ne sait.

[p. 13]

 Quoiqu'il en soit, quand le Conseil municipal, en l'an XIV, décida de rendre au portail de Notre-Dame son

aspect primitif en supprimant la boutique de librairie, le citoyen Bara réclama et protesta par une pétition adressée

au préfet de l'Orne, M. de la Magdeleine. Ce fonctionnaire la renvoya au Conseil municipal, et celui-ci, ayant

reconnu que cette boutique était de toute inutilité, qu'elle était même nuisible parce qu'elle obstruait le passage, 

décida sa destruction à l'époque de l'année où les habitudes locales qui ont fixé les termes de location à Noël et à

la Saint-Jean, permettrait ce travail sans trop nuire à l'intéressé. La difficulté que pourrait éprouver le sieur Bara

pour s'installer ailleurs, sa situation de famille et sa gène, amenèrent le Conseil à lui accorder jusqu'au 24 juin (la

Saint-Jean) pour enlever les matériaux de sa baraque.

 En outre de cette boutique sous le portail, quelques étaux de bouchers ou de poissonniers avaient été installés

sur la place laissée libre par la suppression du cimetière devenu la place Notre-Dame.

 Le Conseil municipal, dans sa séance du 19 vendémiaire an V (11 octobre 1796), trouvant que la demande

n'était pas « contraire aux lois et qu'elle pouvait être admise afin de favoriser l'industrie des habitants », autorisa

l'établissement sur la nouvelle place (future place de la Madeleine) de treize baraques, à charge pour les

propriétaires : 1° de se conformer au plan dressé p ar M. Delarue, ingénieur départemental, adopté par

l'administration municipale ; 2° de faire aplanir e t caillouter le terrain, chacun avec quatre voitures de cailloutis

charroyé par leurs soins sur la place et convenablement répandu et damé [22]. Les treize citoyens autorisés à

construire ces baraques étaient les sieurs Antoine Gallemer l'aîné, Renaud fils, Seigneuret, Pasquier père,

Rondeville jeune, Ripaux, brigadier de gendarmerie, pour sa femme, Duboust, Lelarge, Guilpin, pêcheur, Bonard

et Houel le jeune [23]. Celle d'en construire une autre fut accordée au sieur Siccard le 13 messidor an VI (1er juillet

1797).

 Ces petits commerçants n'étaient pas seulement des marchands de poissons et des bouchers ; il y avait parmi

eux des marchands de clous, des merciers et quatre ou cinq autres espèces de commerces, et même une

femme, on l'a vu ci-dessus, laquelle était l'épouse d'un brigadier de gendarmerie, mais les marchands de la

campagne et les boutiques étaient

[p. 14]

loin de remplir toute la place de Notre-Dame. Le Conseil municipal, pour la remplir, décida le 13 pluviôse an VI (2

février 1797) que le marché de la place du Palais se tiendrait dorénavant sur la place de Notre-Dame, ce qui eut

lieu le jeudi suivant.

 Les terrains de la place où ces baraques marchandes, comme on les appelait, avaient été construites ayant

été concédés de l'an VI à l'an VIII pour une année seulement, les concessionnaires réclamèrent quand on voulut

les obliger à construire leurs baraques de manière à ce qu'elles ornassent ou qu'elles ne déparassent pas la

place. Ils demandèrent que les emplacements accordés à titre précaire et sans contrat leur fussent loués pour

plusieurs années. Le maire refusa et le Conseil municipal, le 26 messidor an VIII (14 juillet 1799), autorisa son

chef à traiter avec les petits marchands moyennant une certaine redevance annuelle, mais sans lier la ville par un

bail.

 La question en resta là jusqu'en l'an XIV, époque à laquelle le Conseil municipal décida de supprimer la

baraque du libraire Bara. Les marguilliers de l'église de Notre-Dame, rendue au culte catholique, apostolique et

romain, demandèrent la démolition des baraques marchandes élevées le long de l'église et qui, peu à peu,

s'étaient transformées en magasins ayant cheminées et dont les murs obstruaient les fenêtres et autres jours de

l'église. Menacés dans leur jouissance, si précaire qu'elle fut, les marchands adressèrent une pétition au préfet,

protestant contre la suppression de leurs établissements, mais en vain puisqu'ils furent mis en demeure de

remplacer leurs boutiques par des échopes ambulantes et sous tentes ou bien à disparaître. Ils durent obéir à

l'injonction de la municipalité parce qu'ils n'avaient aucun bail et qu'il fut reconnu que le droit de la ville à reprendre

les places concédées était demeuré entier (arrêté du 13 frimaire an XIV) même sous la Révolution.

LE CIMETIÈRE NOTRE-DAME OU MONUMENTAL

 Donc, vers 1800, le marché de Notre-Dame situé sur la place que nous nommons aujourd'hui de la Madeleine

[24] n'existait plus. Les murs avaient été mis en adjudication et démolis, la place était nivelée et occupée par un

marché, le marché qu'on y trouve aujourd'hui et, au centre de ce marché, il y avait encore un arbre de la Liberté

surmonté du bonnet phrygien. Aux côtés de cet arbre, on avait autorisé la construction de

[p. 15]

deux baraques marchandes. En outre, autour de la place, on trouvait, je l'ai déjà dit, au moins onze autres

baraques de petits marchands.

 Cependant Alençon n'avait plus qu'un seul cimetière convenable et vaste, celui de Saint-Blaise, situé entre les

routes de Paris et de Sées (champ de foire actuel), derrière la pyramide élevée en 1738 par M. Lallemant de

Levignen, à l'angle que formaient les deux routes ci-dessus dites. Le maire de la ville en 1806, M. Savary, et le 

préfet de l'Orne, M. de La Magdeleine, s'étant mis d'accord, proposèrent au Conseil municipal de remplacer le

cimetière dont le terrain pouvait être plus utilement transformé en champ de foire, par trois cimetières paroissiaux,

l'un, celui de Montsort, qui serait situé sur le territoire de Saint-Paterne, commune alors réunie à la ville ; l'autre,

celui de Saint-Léonard, qui serait créé au-dessous de Guéramé, vers Villeneuve ; et le troisième qui serait

aménagé dans la plaine de la Fuye. La lettre du préfet proposant la suppression du cimetière Saint-Blaise et la

création des trois cimetières est datée du 31 janvier 1806 et la délibération du Conseil municipal est du 14 mai de

la même année. La raison que ces deux fonctionnaires [25] faisaient valoir était que les « cadavres, pour se

rendre au cimetière Saint-Blaise, étaient obligés de traverser la ville à tout instant, ensuite parce que, se trouvant

immédiatement à l'extrémité de la ville et du plus beau quartier, ce spectacle continuel nuisait à l'embellissement

que pourraient faire les propriétaires de cette partie, lesquels en sont détournés par le dégoût qu'inspire le

passage continuel de cadavres [26] ». Le Conseil approuva le projet mais en ajourna l'exécution à plus tard.

 En fait ce projet ne reçut son exécution entière qu'en 1812 pour ce qui concernait la désaffectation du

cimetière Saint-Blaise et la création de celui dit de Notre-Dame qui devait le remplacer à l'extrémité de la rue

Grande-Sarthe dans la plaine de la Fuye.

 Ce nouveau cimetière où les tombeaux et les rares monuments funéraires provenant du cimetière Saint-Blaise

avaient été transportés, et où l'on pouvait obtenir les concessions perpétuelles que la loi de prairial, an XII,

défendait d'accorder dans les églises, ne tarda pas de s'embellir des monuments qu'on y élevait. C'est de ce fait

qu'on l'appela communément et même officiellement cimetière monumental.

LE CIMETIÈRE MONUMENTAL

 Dès que les terrains de la Fuye furent achetés, et quand le nouveau cimetière de Notre-Dame eut reçu une

centaine de corps, on songea à l'entourer de murs et à lui donner un puits où le jardinier et les particuliers qui

entretenaient eux-mêmes les tombes pourraient puiser l'eau d'arrosage dont avaient besoin les fleurs et les autres

plantations d'ornement.

[p. 16]

Deux crédits furent votés, le premier de 3.000 francs, le 11 août 1812, le deuxième de 5.984 fr. 02, le 20 août de

la même année.

LE CIMETIÈRE SAINT-LÉONARD

 Le cimetière Notre-Dame installé, on songea au cimetière de Saint-Léonard. Le 19 juillet 1814, le conseil

accordait 1.471 fr. 05 pour le cimetière monumental, et 6.071 francs pour l'établissement du cimetière de SaintLéonard

que nous connaissons. Un peu plus tard, le 20 septembre 1819, la place Saint-Léonard autour de l'église

ayant été nivelée par un atelier de charité (le petit génie, mais un petit génie comprenant non seulement des

vieillards, mais des pauvres), le maire proposa d'y faire planter pour l'embellir les arbres qu'on trouve encore au

sud de l'église. Le Conseil municipal vota les fonds nécessaires à ce nouvel aménagement d'une place qui n'était

plus guère fréquentée que par les marchands de pommes de terre, de noix, de noisettes et de chateignes.

Conséquement, c'est de cette époque qu'il faut dater les arbres qu'on trouve sur l'ancien cimetière Saint-Léonard,

autour de la fontaine publique qu'on y voyait il y a soixante-dix-ans, près du Poids du Roi ou bascule publique

installée en l'an VIII.

LE NOUVEAU CIMETIÈRE DE MONTSORT

 Le cimetière de Montsort qui venait d'être transféré au delà de l'église et assez loin du faubourg, sur la route du

Mans, obtenait 3.231 fr. 50, et la dépense totale pour ces trois cimetières était inscrite aux budgets de 1811, 1812

et 1813.

LE CIMETIÈRE DE COURTEILLE

 En 1816, le cimetière de Courteille fut l'objet d'une réclamation de la part du desservant qui demandait que ses

murs fussent relevés ou réparés de suite, et qu'il fut ragrandi. Une commission nommée pour examiner la

question et dont M. Jupille était le rapporteur ne fut pas de l'avis de l'abbé ; elle conclut par un rapport daté du 23

septembre 1816 au rejet de la proposition d'agrandissement parce que, lisons-nous au registre des délibérations,

le cimetière de Courteille peut, sans le moindre inconvénient, rester dans la situation actuelle puisqu'il est d'une

grandeur suffisante eu égard à la population de la paroisse et qu'on y trouve même des portions de terrain où l'on

n'a ouvert aucune fosse (on verra plus loin la raison de ceci). En retour, la commission déclarait que le mur de

clôture était dans un tel état de dégradation qu'on devait immédiatement songer à le réparer. Le Conseil vota sa

reconstruction en maçonnerie de pierres dures prises à la carrière la plus voisine de l'église, à chaux et à sable, 

qu'il serait élevé de cinq pieds, que la pierre du mur actuel serait utilisée seulement pour l'établissement des

fondations du nouveau mur. Le travail fut de suite entrepris et rapidement achevé.

VI

Le Marché de la Madeleine

 Mais alors qu'on croyait en avoir fini avec les trois cimetières de la ville d'Alençon, on observait, vers 1818, que

les terres mal damées au-dessus des fosses de l'ancien cimetière Notre-Dame s'étaient tassées,

[p. 17]

écroulées, et que le sol déjà remblayé, caillouté en 1797 lors de la construction des baraques marchandes devait

être de nouveau nivelé et caillouté. Un atelier de charité fut chargé de ce travail par délibération du 20 mars 1820.

 Ces pauvres gens ne menèrent pas la besogne très vite, mais elle était finie quand, afin de les occuper encore

et parce que la place que le cimetière de Saint-Blaise avait occupée était dénivelée pour la même raison que la

place de la Madeleine, le Conseil vota la création d'un nouvel atelier de charité derrière la pyramide dont il a été

parlé plus haut.

 C'est alors qu'on aménageait l'ex-cimetière de Saint-Blaise et achevait de démolir l'ancienne chapelle ou

poudrière de Saint-Blaise [27] qu'on s'aperçut que la pyramide de M. Levignen gênerait et se trouverait dans le

champ de foire à établir. Le 15 décembre 1821, le Conseil municipal décidait de la démolir, quitte à la reconstruire

sur la route du Mans, là même où se trouve la limite entre les départements de la Sarthe et de l'Orne. Le ministère

autorisa sa démolition comme il avait approuvé la destruction de la chapelle Saint-Blaise, mais il oublia

d'approuver la proposition qui lui avait été faite de réédifier la pyramide à la sortie du département et l'on ne la

rétablit point. Elle a disparu [28].

[p. 18]

LE CHAMP DE FOIRE

 Cependant, l'ancien cimetière de Saint-Blaise étant nivelé, débarrassé de la chapelle dite de Saint-Blaise et de

la pyramide qui avait marqué l'entrée de la ville pendant presque un siècle, le terrain restait magnifique et sans

emploi. Depuis plusieurs années, dix ans environ, les préfets qui s'étaient succédés à la tête du département de

l'Orne, M. de La Magdeleine d'abord, M. de Ricci ensuite, avaient songé à y créer un champ de foire pour les

chevaux (un hippodrome alençonnais) qui, au centre d'un pays d'éleveurs, ne pouvait manquer, disait-on, d'être

très fréquenté par les produits, les producteurs et les acheteurs.

 Le 20 janvier 1820, le négociant Mercier, — qui avait été fait baron en 1811, lors du passage de l'Empereur, et

que nous trouvons toujours vaillant, audacieux, grand travailleur et grand inspirateur du Conseil municipal qui le

nommait de toutes les commissions de travaux publics ne demandant qu'à le suivre de préférence à M. Chesneau

de la Drouerie [29] qui lui avait succédé à la mairie mais qui n'avait ni son entrain ni sa faculté de travail, — M.

Mercier saisit ses collègues d'un projet dont on parlait beaucoup en ville. Il critiqua favorablement le plan que

l'ingénieur en chef du département, M. Delarue [29], avait établi et fit voter l'établissement du Champ de Foire sur

l'emplacement de l'ancien cimetière Saint-Blaise, agrandi d'environ un hectare, formé de deux parcelles qui

n'avaient jamais, autrefois, fait partie du cimetière, mais qui étaient indispensables à la rectification du terrain à

aménager. On vota 18.000 francs pour cet achat et l'on décida que l'allée circulaire à établir autour de la partie

centrale réservée aux chevaux mesurerait quarante pieds de largeur.

 Un peu plus tard, le 6 novembre 1821, le Conseil vota l'achat des deux parcelles de terrain ci-dessus dites et

appartenant aux sieurs Guillemain et Roussel. Les 77 ares 30 centiares du premier furent payés 5.162 francs, et

les 6 ares 40 centiares du second qui, parce qu'ils étaient mieux placés que les 77 ares, s'étant montré très

exigeant, furent achetés 4.526 fr. 10.

 Tout paraissait réglé quand la ville d'Argentan réclama contre le projet d'établir un hyppodrome à Alençon et

chercha à démontrer qu'étant plus au centre de la production des chevaux, elle convenait mieux à cette création.

Le gouvernement donna raison à Argentan mais, malicieusement, autorisa Alençon à créer une foire annuelle,

c'est-à-dire un jour de grand marché de chevaux et à acheter les terrains dont on avait besoin pour établir ce

marché. Cet arrêté est du 4 septembre 1821.

 C'est ainsi que fut créé le Champ de Foire de Saint-Blaise en 1820-1822, et cette belle promenade sous les 

maronniers d'Inde qui ont bientôt un siècle le long des murs en pierre d'Hertré qui sont du plus bel effet.

VII

Agrandissement des Cimetières. — Incidents

 Cette question du champ de foire réglée, restait l'éternelle question des cimetières que rien ne peut fermer et

qui, de temps en temps, vient se poser devant nos conseillers municipaux.

 L'habitude s'étant établie depuis la Révolution, surtout sous l'Empire

[p. 19]

et depuis l'Empire, de faire bâtir des caveaux de familles, d'acheter des concessions perpétuelles souvent très

larges sur lesquelles on faisait élever des monuments ou chapelles funéraires parfois considérables ; la vanité

plutôt que le culte des morts avait répandu cette mode et, de ce fait, les cimetières devenaient rapidement trop

petits. En 1835 se posa la question de les agrandir.

 On ne pouvait pas différer cette mesure mais, comme le cimetière de Notre-Dame n'était ouvert que depuis

moins de quarante ans, on s'étonna qu'il fut déjà presque entièrement occupé ; une enquête fut ordonnée. Elle

confirma ce qu'on savait, que les concessions perpétuelles, sur tout la construction des caveaux de familles et

des beaux monuments, étaient la cause de cette situation. Cependant, comme il n'y avait pas moyen de se borner

à cette simple constatation, le conseil vota en octobre 1836 l'acquisition d'un terrain appartenant aux époux Michel

moyennant un prix qu'on trouva très élevé de 5.000 francs. De ce fait le cimetière Notre-Dame se trouva agrandi

d'environ 109 ares [30].

 Déjà à cette date, la nécessité de modifier le règlement du cimetière s'imposait. Une commission nommée à ce

sujet proposa d'adopter le règlement du 9 février 1839. Douze ans plus tard, le 5 mars 1851, ce règlement de

1839 fut remplacé par un autre qui comptait 27 articles [31].

[p. 20]

 Cela fait, le Conseil municipal régla pour ce cimetière la question des concessions. Jusqu'alors le seul

cimetière de Notre-Dame pouvait recevoir ce qu'on appelait des monuments, et c'était pour cette raison qu'on

l'avait appelé cimetière monumental. Les gens qui avaient des tombes dans les cimetières autres que celui de

Notre-Dame et qui désiraient faire construire un monument funéraire pour leurs morts étaient obligés de faire

ouvrir ces tombes, de faire mettre les ossements qu'elles contenaient dans un nouveau cercueil et de les faire

transporter du cimetière où ils avaient été déposés, au cimetière de Notre-Dame. Le Conseil municipal décida

qu'un emplacement serait, dans le cimetière Saint-Léonard, réservé aux concessions perpétuelles. De ce fait ce

cimetière devint monumental au même titre que celui de Notre-Dame.

 Ainsi agrandi, le cimetière de Notre-Dame paraissait assez grand pour qu'on n'eût plus, de longtemps, à

s'occuper d'augmenter sa surface ; or, en octobre 1870, on commença de craindre qu'il ne fut bientôt insuffisant et

que la municipalité se trouvât dans l'impossibilité absolue de satisfaire aux désirs des familles. On s'occupa de

chercher un terrain à acheter qui permettrait de l'agrandir de nouveau.

 Le maire, M. Lecointre, proposa d'augmenter surtout l'espace affecté aux sépultures communes parce que, ditil,

« les inhumations s'y font à des époques trop rapprochées et les fosses (occupées) y sont réouvertes avant que

les corps aient été entièrement transformés ». Les événements, l'occupation d'Alençon par les troupes

allemandes en janvier 1871, arrêtérent tous les projets qu'on étudiait et, de longtemps, on ne s'occupa plus du

cimetière de Notre-Dame, puis enfin, vers 1875, quand on ne put plus ajourner son agrandissement, on y ajouta

un terrain. De ce fait, on ne cessa point d'accorder des concessions perpétuelles à qui les demandait. Cependant

la population riche devenait de plus en plus exigeante ; elle avait obtenu beaucoup, elle voulait davantage et

demandait un caveau funéraire où les cadavres des gens qu'on désirait conserver pourraient être provisoirement

déposés, en attendant la construction du caveau définitif et privé qu'on leur destinait. La proposition d'avoir un

caveau commun et provisoire, ou chapelle mortuaire, est du 11 février 1880 ; M. Lherminier la rappella le 28 mai

1884 d'abord, puis le 7 octobre de la même année. Cette chapelle décidée pour le cimetière de Notre-Dame, il

demanda que les cimetières de Saint-Léonard et de Montsort, où depuis quelques années la construction de

monuments funébres était autorisée, en fussent également pourvus.

 Mais l'habitude était prise ; tous ceux qui avaient le moyen d'avoir un caveau de famille demandaient la

concession d'un terrain. En 1884, il n'y avait plus de place dans la partie du cimetière réservée aux concessions 

et, de nouveau, il était question d'agrandir le cimetière de Notre-Dame d'une centaine d'ares.

 Les religieuses de la Miséricorde, de leur côté, demandaient une concession où elles pourraient inhumer les

corps de leurs soeurs. Le Conseil accorda cette concession, mais en se demandant où cette mode allait conduire

la ville.

 Il est évident que le régime des concessions perpétuelles et des concessions temporelles exige un cimetière

de plus en plus vaste et des agrandissements successifs qui sont chaque fois plus onéreux par suite de

l'augmentation que subissent les prix d'achat. On répond à cela que les concessions sont accordées à un prix

assez élevé pour que la ville rentre

[p. 21]

rapidement dans ses fonds. C'est vrai, mais il faut dès maintenant prévoir un temps où les cimetières, ne pouvant

plus être agrandis, devront être transférés ailleurs, conséquemment plus loin de la ville [32] que ceux

d'aujourd'hui.

 Le cimetière de Notre-Dame n'est pas le seul où l'embarras s'accroît d'année en année. Les trois autres

cimetières sont devenus trop petits. Celui de Saint-Léonard, augmenté en 1870 d'un terrain qui se trouvait en

bordure de la rue qui limite l'abattoir, était déjà reconnu insuffisant à la fin de l'année. Celui de Montsort, placé

dans un terrain défectueux, ne peut-être entièrement utilisé, malgré le remblais qu'on y a faits. Les deux tiers du

sol sont trop bas et l'eau qui vient du ruisseau de Gesne par le gué de Sorre (ou se trouve maintenant le lavoir

public) rend le terrain si humide qu'on ne peut lui confier que les corps des enfants dont les fosses peuvent être

moins profondément creusées, dit le maire (M. Poupet) à la séance du 10 mai 1876 [33].

 C'est alors que la proposition fut faite ou d'agrandir le cimetière Montsort ou de le transporter dans la plaine de

Saint-Gilles, ou bien encore de réunir en un seul les deux cimetières, celui de Montsort et celui de Notre-Dame.

Cette dernière solution parut séduire les conseillers municipaux, et l'on décida une enquête. On nomma une

commission d'étude, mais alors toute la paroisse protesta ; des pétitions furent adressées au maire, d'autres

parvinrent au préfet. Montsort voulait conserver son cimetière et ne consentait pas à ce qu'il fut établi dans la

plaine de Saint-Gilles. Il voulait garder ses morts près de son église et que le cimetière existant fut agrandi.

 Quand les protestations parvinrent à l'hôtel de ville et à la préfecture, la commission avait terminé son enquête

et son rapport était écrit. Le conseil, qui n'avait pas eu l'intention d'être désagréable à Montsort, ne savait que

faire ; on ne pouvait pas, pensait le maire, revenir sur une décision ; d'autre part on ne pouvait guère résister à

toute une paroisse bien que l'on sentit que la résistance était menée par les prêtres, par les dévôts et par les

propriétaires des monuments funéraires. Le 6 novembre 1876, le Conseil ajourna sa décision dans l'espérance

que l'ouverture prochaine du boulevard de la République, qui devait mettre Montsort en communication directe

avec la gare et qui traverserait la rue de la Fuye, satisferait les Montsortois et mettrait le cimetière projeté commun

aux deux paroisses aussi près de l'église de Montsort que l'était et que l'est encore le cimetière actuel.

 Le boulevard de la République était très avancé en 1888, les Montsortois voyaient bien que la distance leur

était favorable, mais il résistaient encore parce qu'ils voulaient avoir un cimetière à eux. Ils le déclarèrent

formellement et intriguèrent près des conseillers municipaux, et ceux-ci se laissèrent persuader. Le maire Poupet

lui-même s'était ravisé et parla pour eux. Il découvrit qu'un cimetière, pour être bien placé et n'offrir aucun

inconvénient, devait être situé au nord de la ville et que, puisque la

[p. 22]

réunion des cimetières de Notre-Dame et de Montsort contrariait si fort le faubourg, il proclama que la plaine de

Saint-Gilles, étant non au nord mais au sud-ouest de Montsort, ne convenait pas. Le Conseil municipal se rallia

docilement à l'opinion du maire et décida l'agrandissement du cimetière de Montsort conformément au voeu des

habitants. C'est alors qu'un règlement semblable à ceux qui régissaient les cimetières de Notre-Dame et de SaintLéonard

fut arrêté pour celui de Montsort.

 A cette époque une proposition fut faite qui n'a aucune importance mais que je dois rapporter ici, non pour être

complet, mais parce qu'elle est curieuse. Le 4 décembre 1880, le maire fit part au Conseil d'une pétition qu'il

venait de recevoir de Mlle Bigot-Pontmesnil, propriétaire d'un terrain situé en bordure du cimetière de Montsort et

d'un autre immeuble situé rue Basse-des-Promenades. Cette demoiselle offrait de donner gratuitement à la ville

d'Alençon une bande de son terrain de Montsort mesurant quatre métres de largeur sur une longueur égale à la

profondeur du cimetière, sous la condition que la ville rétablierait sur la promenade publique, en face de sa

maison, l'escalier et l'allée qui s'y trouvaient autrefois. Le terrain offert valait 1 franc le mètre et mesurait 640

mètres superficiels. Conséquemment son annexion au cimetière ne pouvait procurer un agrandissement sérieux ; 

d'autre part l'escalier et l'allée demandés étaient jugés ne présenter aucun avantage pour les promeneurs et,

finalement, l'arrangement proposé par Mlle Bigot-Pontmesnil grevait la Promenade, c'est-à-dire la ville, d'une sorte

de servitude que le Conseil ne pouvait raisonnablement constituer. La proposition fut rejetée à l'unanimité.

 Je dois encore citer deux petits faits intéressants qui, s'ils ne sont pas l'affirmation d'un christianisme bien

entendu, sont tout au moins caractéristiques d'un état d'esprit particulariste étroit.

 Le 12 octobre 1872, M. Poupet, maire depuis peu de temps de la ville d'Alençon et qui avait succédé à M.

Lecointre, ayant trouvé dans les bureaux de la mairie une proposition faite à son prédécesseur, et cette

proposition étant l'objet de démarches constantes, fit la proposition au Conseil municipal d'accorder dans le

cimetière de Montsort un espace destiné à la sépulture des membres du clergé de cette paroisse. Il affirmait que

cet usage était constant partout et fondé sur les convenances. Le Conseil accorda, sans faire aucune observation,

l'emplacement spécial demandé ; il fit plus et décida qu'une croix serait élevée au rond point du cimetière. Je ne

sais s'il est d'un usage constant que les prêtres aient un lieu spécial dans le cimetière de la paroisse qu'ils ont

desservie, mais il me semble que cette prétention qu'ont ces personnages de ne pas dormir leur dernier sommeil

mêlés aux fidèles qu'ils ont évangilisés et de faire bande à part, même après leur mort, n'est ni modeste ni

parfaitement chrétienne [34].

 Le second fait est plus grave car il est, non seulement un acte d'immodestie cléricale mais, ce qui est plus, un

manquement voulu et récidivé à la loi. A ce titre il mérite d'être cité avec quelques détails :

 A l'une des séances du mois d'août 1878, M. Lherminier signala que trois religieuses du couvent de SainteClaire

avaient, contrairement à la

[p. 23]

loi, été inhumées dans le cimetière de leur communauté de la rue de la Demi-Lune. Le maire répondit qu'il n'avait

point connu les faits qu'on lui signalait. Le Conseil un peu surpris de cette déclaration, invita purement et

simplement le maire à faire respecter la loi.

 Le 27 décembre de la même année 1878, le maire, toujours M. Poupet, qui avait été formellement invité par le

Conseil municipal à faire respecter la loi de prairial an XII, l'informa qu'il avait autorisé l'avant-veille l'inhumation

provisoire d'une soeur décédée au couvent de Sainte-Claire et demanda au Conseil de vouloir bien décider

définitivement. « Il ajouta qu'il avait visité le cimetière de Sainte-Claire et constaté qu'il était éloigné de toute

habitation. »

 La loi est formelle, les inhumations à l'intérieur des couvents sont interdites ; c'est incontestable. M. Lherminier

répondit que le Conseil n'avait pas le droit d'autoriser une chose contraire à la loi. M. Chambay signala que les

établissements (les couvents) de femmes passaient pour ne pouvoir exister qu'à la condition d'avoir un cimetière

dans le couvent même. M. Chartier objecta que « cela peut-être écrit dans le règlement de ces couvents, mais

que ce règlement ne peut faire échec à la loi qui doit être la même pour tout le monde » ; et il ajoutait : « Le

Conseil peut-il autoriser une chose illégale, ou bien veut-il laisser à M. le maire le soin de faire respecter la loi ? M.

Papillon demanda qu'on passât à l'ordre du jour et qu'on laissât à M. le maire le soin de faire respecter la loi »,

c'est-à-dire la responsabilité de la laisser violer.

 Le Conseil se rallia à cette motion et invita le maire à faire constamment respecter la loi, mais il ne spécifia pas

que la tombe de la religieuse qui venait d'être inhumée dans le cimetière de Sainte-Clair serait relevée et que le

corps serait porté au cimetière paroissial. En fait, aucun ordre ne fut donné et le corps de la religieuse demeura

au couvent des filles de Sainte-Claire.

 On eut peut-être raison, mais je me demande s'il s'était agi du corps d'un particulier non membre d'un couvent,

sa famille ayant agi avec une pareille désinvolture et cet esprit de provocation, s'il en eut été ainsi.

 Quoiqu'il en eut été, le 9 novembre 1884, le Conseil fut informé qu'une soeur du même couvent venait d'être

inhumée de la même manière. Il proposa que le parquet fut informé de ce nouveau manquement.

 Cette résistance inouie, cette insolence cléricale, me rappellent la ruse que Victor Hugo raconte dans les

Misérables et qu'il attribue à la supérieure du Petit-Picpus à Paris. Elle est de tous les temps, cette résistance à la

loi, sous la monarchie de droit divin aussi bien que sous l'Empire concordaire et de notre temps. L'histoire est

pleine de ces résistances à l'autorité civile qui ne sont pas chrétiennes, mais qui sont cléricales.

 La conséquence de cette faiblesse du maire fut que les religieuses continuèrent, comme par le passé, de ne

tenir aucun compte de la loi, et qu'elles ne cessèrent point de la violer tant qu'elles ne rencontrèrent pas un 

homme énergique pour les contraindre à porter leurs morts au cimetière paroissial. M. Hénault, adjoint, qui

remplissait les fonctions de maire en l'absence de celui-ci, fut cet homme énergique (!) en 1912. Il refusa

l'autorisation qui lui fut demandée d'inhumer dans le jardin des Clarisses et prévint la supérieure de ce couvent

que son devoir stricte était de faire respecter la loi, et qu'il la ferait respecter. La supérieure n'insista pas et

l'inhumation de la religieuse eut lieu, dit-on, au cimetière Notre-Dame. Je

[p. 24]

ne crois pas que, depuis lors, les religieuses aient violé la loi, mais on peut être certain qu'elles feront toujours ce

qu'elles pourront pour ne pas s'y conformer.

CIMETIÈRE DE COURTEILLE

 Il faut arriver jusqu'en 1849 pour qu'il soit question du cimetière de Courteille, la quatrième paroisse de la ville

d'Alençon. Ce cimetière est établi près de l'église Saint-Roch. Il avait, jusqu'alors, suffi aux habitants mais, peu à

peu, le nombre de ceux-ci s'est accru et conséquemment celui des décès. Le faubourg n'ayant d'autre porteparole

que la fabrique, celle-ci prit sur elle de parler en son nom et signala au Conseil municipal d'Alençon (24

juillet) que le cimetière de Courteille était devenu insuffisant eu égard à la population, qu'il était trop rapproché des

habitations et demanda la création d'un autre cimetière hors de l'enceinte du faubourg.

 Le Conseil municipal saisi de cette réclamation n'en contesta pas la légitimité ; bien au contraire, il la trouva

très justifiée, conforme aux articles 1 et 2 du décret de prairial an XII qui a statué que les cimetières seraient

supprimés autour des églises et transférés hors des agglomérations communales ou autres, mais il fit remarquer

que la situation des finances municipales ne permettait pas de voter le crédit que ce changement nécessitait. On

ne s'opposait pas à ce qu'un nouveau cimetière fut installé, mais on imagina de proposer aux habitants de

Courteille d'ouvrir une souscription volontaire et d'entreprendre le transfert à leurs frais. On leur fit observer, en

passant, que Courteille était affranchi des droits d'octroi acquittés par tous les habitants de la ville et qu'ils étaient

également exemptés des prestations en nature. Cette décision était absurde bien que l'observation fut juste.

 Courteille se fâcha du coup et demanda à la préfecture sa constitution en commune séparée de la ville

d'Alençon. On n'ouvrit point de souscription volontaire et le faubourg n'obtint pas la séparation qu'il demandait,

mais dix ans plus tard, en 1859, la colère des habitants étant apaisée, Courteille renouvela la demande

d'agrandissement de son cimetière faite en 1849. Le Conseil municipal, réuni le 9 novembre 1859, ajourna sa

délibération, mais il était visible dès lors que l'ancien cimetière était condamné et que Courteille obtiendrait gain

de cause très prochainement.

 M. Grollier, chargé de rechercher un emplacement pour le nouveau champ des morts, appuya la réclamation

du Conseil de fabrique sous prétexte que le faubourg s'était considérablement accru depuis plusieurs années, que

les décès y étaient devenus nombreux, que plusieurs sépultures n'avaient pu être faites que dans les fosses

réouvertes avant la période légale de cinq ans et que, d'un autre côté, le sol du cimetière était de nature calcaire,

que la décomposition des cadavres s'y opérait trop lentement. Il rappella alors que les dispositions des articles 1

et 2 du décret du 25 prairial an XII, déjà cités par le Conseil municipal qui siégeait le 24 juillet 1849, obligeaient le

Conseil de 1859 à ne pas différer plus longtemps la création d'un nouveau cimetière devenu très nécessaire. Il

indiqua ensuite une pièce de terre située sur la route de Cerisé et dit qu'elle était la seule qui convint à l'objet

qu'on se proposait. Il ajouta que cette pièce de terre ne valait guère plus de 1.100 francs et que cette somme

d'achat, jointe à celle de l'aménagement, ne porterait pas la dépense à plus de 3.300 francs. Le Conseil vota ce

crédit le 9 novembre 1859 et invita le

[p. 25]

maire à procéder de suite à l'achat du terrain [35] et à mettre en adjudication la construction du mur de clôture

indispensable.

 L'adjudication de ces travaux eut lieu le 4 mars suivant sur le prix de 3 fr. 75 par mètre superficiel pour 488

mètres, conformément à un plan que le maire avait déposé sur le bureau. Ce prix fut dépassé de 37 centimes, et

la construction du mur fut adjugée à MM. Lahouppe et May pour la somme totale de 2.009 fr. 50 centimes.

 En 1907, il fallu encore s'occuper de ce cimetière. Le Conseil municipal en vota l'agrandissement le 21 juin et,

le 19 août de la même année il décida la construction du mur autour de la partie de terrain qui venait d'être

annexée, plus l'établissement d'une grille en fer fondu.

CIMETIÈRE DE SAINT-LÉONARD 

 La question de l'agrandissement du cimetière de Saint-Léonard se posa vers 1855 et, le 22 mai 1866, le

Conseil autorisa M. Grollier, le maire, à acheter des héritiers Lorphelin, qui habitaient l'Amérique, un terrain situé

sur la rive gauche du chemin de la Fosse-au-Coq. Le procureur impérial conseilla, par lettre datée du 15 juillet de

la même année, l'expropriation de ce terrain dont les propriétaires étaient à l'étranger et autorisa la ville à

procéder à cette opération par application des articles 5, 6 et 7 de la loi du 3 mai 1841. L'arrêt d'expropriation pour

cause d'utilité publique fut publié le 1er avril 1868, et l'agrandissement fut opéré en 1869 [36].

 Cette opération nécessita la construction d'un mur de 277 mètres de longueur, sur une hauteur de 3 mètres,

non comprises les fondations, soit de 831 mètres superficiels à charge d'employer le moëllon provenant de la

partie démolie de l'ancien mur et 36 moëllons nouveaux de pierres de taille pour les angles. La dépense s'éleva à

4.300 francs.

 C'est alors, seulement en 1870, que le Conseil municipal vota, dans sa séance du 10 janvier, la construction

d'une maison destinée au gardien du cimetière qui jusqu'alors n'était point gardé.

 La question de l'agrandissement de ce cimetière est actuellement de nouveau posée et je crois que le Conseil

municipal a déjà voté le crédit qui lui a été demandé (décembre 1913).

 Enfin, le 12 août 1912, le Conseil municipal décida pour l'agrandissement du cimetière Saint-Léonard, l'achat à

la veuve Guibert (Jean), de Condé-sur-Sarthe, un peu plus d'un hectare pour cet objet et vota un crédit de 6.000

francs.

[p. 26]

CIMETIÈRE DE NOTRE-DAME ET DE MONTSORT

 Enfin, le 1er juillet 1887, le maire (M. Marchand), informait le Conseil que le gouvernement avait autorisé

l'expropriation des terrains à réunir aux cimetières de Notre-Dame et de Montsort.

 Il résulte d'un tableau que j'ai sous les yeux que l'expropriation s'étendait à deux parcelles à joindre au

cimetière de Notre-Dame, contenant ensemble 156 ares et 55 centiares, nécessitant un crédit de 6.362 francs, et

à trois parcelles à joindre au cimetière de Montsort, comprenant 85 ares et 81 centiares, valant 3.424 fr. 85. Un

crédit de 9.786 fr. 85 fut de suite voté, mais il fut dépassé d'environ 1.800 francs.

 Le 17 décembre 1888, le Conseil décida que le règlement autrefois voté pour le cimetière de Notre-Dame

serait dorénavant appliqué au cimetière de Montsort en ce qui concernait les concessions perpétuelles et

temporelles.

 Un peu plus tard, il vota un nouvel agrandissement de ce dernier cimetière nécessité par le nombre

relativement grand des concessions demandées, et, le 17 octobre 1906, il décida la désaffectation immédiate de

la partie couverte de ronces, de broussailles, et dont le sol était, je l'ai déjà dit plus haut, si humide qu'on y trouvait

de l'eau à une très faible profondeur et que, depuis septembre 1889, on n'avait pu y enterrer aucun cadavre.

 Le Conseil vota le caveau provisoire demandé en 1884, et accorda un crédit évalué à 3.300 francs.

 Le 25 octobre 1885, il décida l'agrandissement du cimetière et vota 16.600 francs pour cette opération, puis il

décida la construction d'une faible palissade entre le cimetière proprement dit et la partie désaffectée.

 Pour la première fois, un conseiller municipal, M. Vittoz, fit la proposition de voter pour les quatre cimetières de

la ville d'Alençon la construction d'un four crématoire qui permettrait, si la coutume de l'incinération des morts

s'établissait, de résoudre rapidement et heureusement la question des cimetières. Cette proposition ne fut pas

prise en considération et se trouve assurément enterrée pour bien longtemps encore.

 ADHÉMARD LECLÈRE

 [1] Cet usage, qui flattait la vanité des riches et des nobles, devint si gênant que pour le restreindre, autant que

faire se pouvait sans le proscrire entièrement, un évèque de Sées se trouva obligé, au XVIIIe

 siècle, de fixer le droit

pour les fosses ouvertes dans les églises à 30 livres par fosse et par corps.[retour] 

 [2] Cette chapelle avait été construite en 1699, à Montsort, sur un terrain faisant alors partie de la paroisse de

Saint-Paterne, d'après les plans dressés à Lorette par un architecte alençonnais que le prêtre Louis Sevin, ancien

curé d'Ancinnes, y avait envoyé. Elle reçut la dépouille mortelle de son fondateur, puis celles, jusqu'à la

Révolution, de ses successeurs qui, tous étaient de la famille des Sevin. Tout le monde sait qu'on trouve, en la

chapelle de Lorette, une soi-disant reproduction de la santa casa de Nazareth que la vierge Marie habita avec

saint Joseph et leur fils Jésus. Personne n'a oublié que cette casa fut, par les anges, apportée en 1291 de

Nazareth en Dalmatie où ils la déposèrent quelques années, puis qu'elle fut reprise par eux et transportée au

travers des airs puis définitivement déposée au village de Loretto, près d'Ancône, où elle est définitivement, s'il ne

plaît aux anges de la transporter ailleurs.

 Louis Sevin, le premier chapelain de cette chapelle, qui mourut le 27 janvier 1712, fut inhumé dans un caveau

de famille qu'il avait fait construire dans la sacristie. Erigée en bénéfice par l'évêque du Mans, le 19 mars 1700,

elle fut bénite le 24 du même mois. Vendue le 20 frimaire an II par le gouvernement à Couillière, marchand à

Arçonnay, qui avait déjà acquis la chapelle de Saint-Lazare ; elle fut revendue par lui le 30 fructidor an III à

François Sevin, parent du fondateur, mais le culte n'y fut pas rétabli avant 1827. En août 1872, Pie IX y attacha

des indulgences sur la demande du clergé de Montsort chargé de desservir cette chapelle.[retour]

 [3] Les personnes qui désiraient être confiées à l'humus des saintes filles, mais dont on aurait refusé le corps

si elles étaient décédées en ville, se faisaient transporter dans le couvent moribondes ou très âgées, revêtaient

avant de mourir le costume des religieuses et acquéraient, de ce fait et malgré les curés et vicaires amovibles

toujours intraitables sur cet article, le droit qu'elles n'avaient pas d'être inhumées à l'intérieur d'un couvent.[retour]

 [4] Les descendants de cette famille, devenue catholique, étaient, sous la Révolution, MM. Leconte de la

Vérerie, Leconte de Betz et Leconte des Essarts.[retour]

 [5] Les huguenots qui possédaient des terres à la campagne, des sieuries, y étaient souvent transportés par

les soins de leur famille et y trouvaient un repos dont ils n'avaient peut-être jamais joui. Inutile de dire que lorsque

ces propriétés étaient vendues à des catholiques, les tombes des protestants étaient violées ou rasées et les

ossements parfois dispersés.

 Je pourrais citer le cas d'un général huguenot qui, enterré dans sa terre il n'y a pas soixante-dix ans, a été

expulsé de son tombeau et envoyé au cimetière communal par le nouveau propriétaire, lequel était un catholique

intransigeant qui (bien que non parent), avait hérité de cette terre par donation de la fille du général convertie au

catholicisme.[retour]

 [6] L'église actuelle, qui date du XIXe

 siècle, a été construite sur l'emplacement de l'ancienne qu'on se plaisait à

faire remonter au IVe

 siècle, sans preuve, hélas ! mais qui était très ancienne et du plus vieux style roman,

probablement du VIIIe

 siècle. Elle était autrement orientée que celle d'aujourd'hui : Le prètre étant à l'autel le dos

tourné vers l'assistance, regardait l'est conformément au rituel antique, autrefois toujours scrupuleusement

observé. Dans l'église d'aujourd'hui, le prêtre, à l'autel, regarde le sud.[retour]

 [7] Ce jeu était pratiqué non seulement par les seigneurs d'Alençon, comme on l'a dit à tort, mais aussi par les

seigneurs de toute la France. Les rois Valois l'aimaient particulièrement. En somme, c'était le jeu de l'arc.[retour]

 [8] Les anciens d'il y a soixante ans ont connu cette partie de la place sous le nom de Place du Poids du

Roi.[retour]

 [9] Nous dirions aujourd'hui le square, mais cette place n'est plus carrée.[retour]

 [10] Il a fallu peut-être arriver jusqu'en 1872 pour voir un paysan obligé d'enterrer sous sa haie sa fillette morte

non baptisée à laquelle un prêtre avait refusé non seulement ses prières, mais la terre bénite du cimetière

commun.

 Le même fait s'est produit à Sarceaux en mai 1913. Le curé a refusé l'entrée à l'église d'une fillette non encore

baptisée et a défendu, par circulaire aux fidèles, d'assister à son inhumation. Le 18 décembre 1913, l'évêque de

La Rochelle a interdit au clergé de Tesson de prier près du cercueil de M. Camille Nicolle, député de la CharenteInférieure,

lequel avait voté la loi de séparation.[retour]

 [11] En outre, les gages du sacriste, qui étaient de 6 livres par an, furent portés à 25 livres en 1675.[retour]

 [12] Cette usage en France rappelle celui des religieux budhistes au Cambodge, à Ceylan, au Siam et en

Birmanie. Il y est d'usage de mettre des toiles blanches sur le cercueil du mort qu'on va insinérer ou de la fosse où

l'on vient d'enterrer un fidèle ; les religieux prennent un bord de ces toiles et, les mantras récités, les tirent à eux et 

les emportent.

 Il n'est pas rare de voir sur le bord de la route que parcourt un religieux un vieillard, le plus souvent une vieille

femme, s'étendre à terre sous un suaire et le religieux prendre le suaire de la main droite par un des angles, dire

un mantras, puis tirer l'étoffe et continuer sa route sans avoir dit un mot au dévot ou à la dévote.[retour]

 [13] Il en était de même au temps de saint Augustin en Afrique où l'on allait collationner sur les tombes et

s'aimer dans les églises. Il en est encore ainsi en beaucoup d'endroits où les cimetières et les temples sont des

lieux de rendez-vous, dans nos campagnes de même que dans nos villes. En 1717, un sacristain de SaintLéonard

violait une fille huguenote dans le cimetière et, pour ce fait, était pendu, après avoir fait amende

honorable à la porte de l'église Notre-Dame et y avoir publiquement souhaité la conversion de sa victime.[retour]

 [14] Cette date est vague, et je ne puis la préciser davantage, bien qu'un descendant du général baron

Maupetit décédé à Alençon le 13 décembre 1811, à l'âge de 39 ans, ait fait des recherches et n'ait pu découvrir

l'endroit où son ascendant a primitivement été inhumé. M. Maupetit, venu à Alençon vers 1909, n'a découvert

qu'un tombeau isolé dans la partie commune du cimetière de Notre-Dame et non dans la partie réservée aux

concessions à perpétuité. Or, il parait qu'une concession, consentie par le maire de 1840, a été payée à la ville

par la famille. M. Maupetit, qui s'est renseigné, croit pouvoir déduire de ce qu'il a appris que le général baron

Maupetit est demeuré dans le cimetière de Saint-Blaise et que ses ossements n'ont pas été, en 1840, inhumés

dans le cimetière de la Fuye. Je pense qu'il commet une erreur et que s'il a trouvé une tombe dans le cimetière

commun de Notre-Dame (la Fuye) portant le nom du général Maupetit, c'est qu'elle contient les restes du héros de

Wertingen. En tous cas, il est facile de s'en assurer en ouvrant la tombe. Il faut admettre jusqu'à preuve du

contraire que celle de 1811 a purement et simplement, bien que placée dans le cimetière commun, été concédée

à la famille vers 1840. Si les restes du général ne sont pas dans cette tombe, alors il faudra croire que la

concession de 1840 est une tromperie indigne de l'administration municipale d'alors, provenant peut-être de ce

fait que le corps n'a pu être retrouvé probablement parce que la tombe du général avait été aplanie dans l'ancien

cimetière désaffecté trente ans plus tôt. J'aime mieux, jusqu'à l'ouverture de la tombe, croire que celle qui a été

découverte en 1909 — construite entre l'époque de la désaffectation du cimetière de Saint-Blaise et

l'aménagement définitif du cimetière de la Fuye ou de Notre-Dame — est bien celle du général baron Maupetit,

peut-être inhumé dans le cimetière avant la délimitation de la partie réservée aux concessions

perpétuelles.[retour]

 [15] Quant au nom que ce faubourg a reçu, il est probable qu'il est celui de la chapelle élevée très

anciennement à saint Blaise auquel on accordait la faculté de guérir les foulures, les entorses et les maladies des

bestiaux. De fait, la saint Blaise, qui tombe le 3 février de chaque année, est le jour de la foire au bétail la plus

importante de l'année, celle à laquelle on amène le plus grand nombre de bêtes.

 On ne sait point si ce saint est Blaise, évêque de Sébaste, en Arménie, qui fut, dit-on, déchiré avec des

peignes métalliques. On a supposé, pour expliquer le fait qu'il y a un certain nombre d'églises qui prétendent

posséder toutes les reliques de ce personnage, qu'il y a eu plusieurs saints Blaise, mais on n'a pu rassembler en

faveur de cette hypothèse commode aucun renseignement. Certains auteurs ont même avancé qu'il n'y avait

jamais eu de saint Blaise et que celui soi-disant de Sébaste est un mythe aussi bien que les autres.

 Ce qui est certain c'est que celui qu'on vénérait à Alençon le 3 février était guérisseur de bestiaux malades,

des foulures ou entorses que les bergers, un peu sorciers, prétendaient guérir mieux que lui et qu'il y avait à

Chartres un saint Blaise qui guérissait les fous de leur folie à la fin d'une neuveine de prières dites dans la grotte

où son berceau était exposé.

 Le saint Blaise d'Alençon, dit de Sébaste, parce qu'il avait, disait-on, été déchiré avec des peignes de cardeurs

était considéré comme le patron des cardeurs et des drapiers.

 On raconte que la fête de la Chandeleur, qui se célèbre le 2 février avec des chandelles allumées en grand

nombre dans les églises, non seulement à Alençon, mais en Espagne, en Portugal, en Italie et dans notre

Bretagne, dans notre Provence, fut fondée en 546 par le pape Vigile pour remplacer la fête païenne de

Proserpine que les Romains célébraient en promenant des torches et des flambeaux. On a prétendu aussi qu'elle

avait été instituée en 472 par le pape Gélase pour remplacer celle de Cérès et les Lupercales qu'on célébrait en

février ; c'était du moins l'opinion qu'Innocent III émit en un discours qui nous a été conservé.[retour]

 [16] Les ossements qu'on a trouvés il y a quelques années dans le jardin de la Société Générale (ancienne

maison Lecointre et peut-être autrefois maison Ricordeau) étaient probablement, non ceux des huguenots

profanés par ordre de Mme de Guise, mais ceux du cimetière de Saint-Blaise détruit par le curé de NotreDame.[retour]

 

 [17] Il est probable que ceux-ci avaient enlevé les os de leurs coreligionnaires et les avaient faits enterrer dans 

le terrain actuellement occupé par la Société Générale. Dans ce cas c'est à ce fait d'une réinhumation d'ensemble

qu'il faut attribuer la régularité des squelettes découverts il y a quelques années, tous placés régulièrement les

uns près des autres, et se côtoyant presque.[retour]

 [18] Cette délibération nous enseigne qu'à cette époque le cimetière de Notre-Dame n'était pas

désaffecté.[retour]

 [19] Evêque de Sées de 1740 à 1775.[retour]

 [20] Evêque de 1776 à 1790.[retour]

 [21] Je trouve qu'à la suite de la chute d'un pan de mur, les marguilliers de Saint-Léonard furent, le 8 novembre

1890, sur leur demande du 12 octobre et après avoir entendu la lecture du rapport d'une commission composée

de MM. Guillet, Launay et Desjardins, autorisés à rétablir la partie tombée, à faire les réparations jugées utiles au

cours de l'enquête et à entretenir ce mur chaque année moyennant le prix qu'ils pourraient tirer annuellement de

l'herbe que le Conseil leur concédait avec la faculté pour la municipalité de rompre le marché dès qu'elle le

jugerait nécessaire.[retour]

 [22] On faisait à cette époque niveler la place et on la faisait recouvrir de cailloutis damé, mais il faut observer

qu'on ne songeait pas encore à y faire établir des trottoirs. Je crois bien que les trottoirs qui défendent la place de

la Madeleine, en bordure de la Grande-Rue, ne furent voté par le Conseil municipal que le 2 avril 1870.[retour]

 [23] Une autorisation de construire deux nouvelles baraques fut accordée, l'année suivante, le 3 messidor an VI

(21 juin 1798) au sieur Leconte de La Crespinière sous la condition qu'il les établirait de chaque côté de l'arbre de

la Liberté qu'on avait planté au centre de la place. C'est à cet emplacement même, si j'en crois la délibération du

Conseil de ville en date des 2 et 3 août 1744, que furent fondues, le 11 octobre suivant, pour remplacer les trois

cloches de Notre-Dame brisées au cours de l'incendie de 1744, celles qui furent placées dans le clocher de cette

église après sa restauration, la cloche de la chapelle Saint-Blaise dont il est question dans cet article et la cloche

provisoirement destinée à appeler les fidèles aux offices pendant toute la durée du travail. Voyez, pour plus de

détails, dans le Bulletin de la Société historique et archéologique de l'Orne, 1913, l'article de l'abbé Legros sur les

cloches de l'hôtel de ville d'Alençon. Une note que j'ai prise ailleurs, je ne sais plus où, porte que l'arbre de la

Liberté fut planté sur un ancien fourneau, probablement sur celui où le métal des cloches avait été fondu en

1744.[retour]

 [24] Ce nom de la Madeleine fut donné à cette place en l'honneur de M. de la Magdeleine, préfet de l'Orne

sous l'Empire et sous les Cent-Jours. M. le curé de Montsort qui, par esprit de cléricalisme, veut tout rattacher à

l'Eglise, a prétendu que ce nom de la Madeleine ne pouvait être que celui de sainte Madeleine, puisque le nom

sous lequel on la désigne s'écrit sans g, alors que celui du préfet comprend cette lettre. Si M. le curé avait connu

le petit fait que je vais raconter et que je tiens d'un M. Hupier, aujourd'hui décédé mais que les vieillards d'Alençon

ont bien connu sous l'Empire, il n'aurait pas commis cette erreur. L'ouvrier qui ne savait pas que le nom du préfet

avait une orthographe différente de celui de la sainte, peignit ce nom comme il l'avait lu dans le calendrier. On

n'attacha pas d'importance à la chose et l'ordre ne lui fut point donné de rectifier sur les murs. Un Alençonnais

d'esprit ayant remarqué que le préfet émaillait souvent sa conversation de j'ai, j'ai, j'ai, releva la faute et dit : « Il a

tant dépensé de g quand il parlait de ce qu'il avait fait, qu'on n'en a plus trouvé pour mettre à son nom sur les

inscriptions de la place du marché de Notre-Dame. »[retour]

 [25] N'oublions pas que les maires étaient, sous le premier Empire, sous la Restauration, sous la Monarchie de

Juillet et aussi sous le second Empire, nommés par ordonnance royale ou par décret impérial, et que les

conseillers municipaux n'ont été élus par le peuple qu'à la fin du second Empire. Dans ces conditions, les maires

étaient des fonctionnaires du même titre que le préfet.[retour]

 [26] Ce projet devait nécessiter un crédit de 13.000 francs destiné à l'achat des terrains dont on aurait besoin

pour l'établissement des trois cimetières décidés. On verra par la suite que la somme dépensée pour ces achats

de terrains fut bien supérieure à celle qu'on avait prévue.[retour]

 [27] Cette chapelle, désaffectée en 1790, avait en effet servi de poudrière sous la Révolution et sous l'Empire à

cause de son éloignement des immeubles particuliers.

 Bien que plusieurs membres de la famille de Fromont y fussent inhumés, elle fut adjugée le 16 février 1820,

ainsi que le bâtiment qui en dépendait, au sieur Thébault pour la somme de 1.360 francs, à charge pour lui de la

démolir et d'en emporter les matériaux. Cette adjudication fut faite par la ville et pour son compte parce qu'elle

l'avait acquise de l'Etat sous la condition d'employer le prix des matériaux à l'ancien couvent des Capucins

transformé en quartier de cavalerie, notamment à la construction des écuries nécessaires pour compléter le 

casernement de 250 hommes, conformément à un contrat d'échange passé entre l'Etat et la ville daté du 15 mars

1820.

 En 1822, l'Etat, sur la demande de l'autorité militaire à Alençon et du ministre de la Guerre, réclamait en

concession perpétuelle depuis octobre 1812 le bâtiment de l'ancienne halle aux bouchers (dite ancienne

boucherie), situé rue des Granges, que la ville avait mise à leur disposition pour en faire un magasin à fourrages

et qu'elle occupait depuis le 3 août 1810. L'intendant militaire prétendant que l'ancienne boucherie avait été cédée

à la ville en échange de la chapelle Saint-Blaise et sous les conditions dites ci-dessus relatives à la caserne des

Capucins ; il faisait observer que, la ville n'ayant pas rempli les charges qui lui incombaient du fait de l'échange et

conséquemment point construit les écuries du quartier de cavalerie, celui-ci avait éprouvé un préjudice. Il

proposait que, pour désintéresser le quartier de cavalerie, la vieille boucherie fut cédée à l'intendance militaire

pour le service de la gendarmerie installée rue des Granges, à quelques pas du magasin aux fourrages.

 En 1824, le gouvernement, voulant en finir avec cette affaire sans que le service de la cavalerie en souffrit,

proposa à la ville d'Alençon de la reconnaître propriétaire de l'ancienne boucherie sous la condition qu'elle la

laisserait à la disposition de la gendarmerie. La ville accepta et la contestation s'évanouit : les terrains de la

chapelle demeurèrent à la ville et la vieille boucherie reconnue propriété communale fut mise à la disposition de la

gendarmerie, c'est-à-dire du ministère de la guerre représenté à Alençon par l'intendant militaire.[retour]

 [28] Voici l'inscription que ce monument portait :

LUDOVICO XV

REGI CHRISTIANISSIMO

QUOD

PACE CONFECTA IN SUAS LEGES

AMPLIANDO POPULARUM COMMERCIO

CONSULUIT

VIIS REGIIS UNDEQUAQUE

ASPARTIS, STRATIS ET MUNITII

XDCCXXXVIII[retour]

 [29] Neveu de l'architecte qui, en 1783, avait construit l'Hôtel de Ville.[retour]

 [30] J'ai parlé ci-dessus d'un puits et d'une pompe que le Conseil municipal avait décidé de faire creuser et

d'installer au centre du cimetière monumental de Notre-Dame au commencement de l'année 1841 et j'ai dit qu'il

avait voté la construction d'une maison pour le gardien.

 L'adjudication de ces divers travaux eut lieu le 6 juillet 1841 sur un devis établi par l'administration municipale.

Ce devis s'élevait à 735 francs pour le puits et la pompe et à 2.772 francs pour la maison du gardien. Vingt-trois

adjudicataires se présentèrent, mais un seul d'entre eux. M. Auguste Lefort, proposa un rabais, et ce rabais était

d'un centime. Il était évident qu'il y avait eu coalition, et l'on disait que M. Lefort avait promis 25 francs à chacun

de ses concurrents, soit 550 francs à ses vingt-deux confrères pour qu'ils ne soumissionnassent pas, que ceux-ci

ayant accepté cette offre n'avaient point fait de proposition. Le maire, M. Chambay, écrivit au préfet de l'Orne pour

lui signaler cette action coupable : « Il est sans doute fâcheux, disait-il, de ne pouvoir obtenir la preuve complète

de cette coalition, parce qu'alors on pourrait diriger les poursuites. » Mais n'ayant pas d'autre moyen pour

empêcher que cette fraude triomphât, il proposait au préfet de refuser le procès-verbal de l'adjudication et de lui

accorder l'autorisation de recourir à une autre adjudication. Cette lettre est du 3 mars 1842.[retour]

 [31] C'est à cette occasion que le tableau que voici fut dressé. Il donne le nombre des décédés enterrés au

cimetière de Notre-Dame et celui des décédés enterrés dans les cimetières de Saint-Léonard et de Montsort, de

1841 à 1850 :

Notre-Dame

Montsort

et St

-Léonard Totaux

__ __ __

1841 117 253 370

1842 161 264 445

1843 131 269 400

1844 140 220 360

1845 126 268 394

1846 116 254 370

1847 161 340 501

1848 145 290 435

1849 127 236 363 

1850 124 221 345

____ ____ ____

1.348 2.635 3.983[retour]

 [32] Il n'est pas inutile de noter ici le bail de douze ans qui fut autorisé le 9 septembre 1888 avec M. Geslin,

gardien du cimetière de Notre-Dame, au prix de 300 fr. par an, à bénéfice pour lui de vendre les produits

spontanés du cimetière, sous la condition que le bail prendrait fin le jour où M. Geslin cesserait d'y être

attaché.[retour]

 [33] La surface de ce cimetière était alors de 38 ares et 80 centiares : sa distance de l'église paroissiale était

de 1.090 mètres.[retour]

 [34] C'est dans ce même esprit que, nous l'avons vu plus haut, les religieuses de la Providence ont demandé à

titre onéreux un terrain spécial dans le cimetière de Notre-Dame.[retour]

 [35] Ce terrain fut acheté, non au prix prévu de 1.100 francs, mais à celui de 1.370 francs.[retour]

 [36] A cette occasion furent relevés les nombres des décédés inhumés en 1862-1866 et dont voici le tableau :

1862 161 décès

1863 146 —

1864 169 —

1865 210 —

1866 164

____

Total 850 décès.

 Ce qui donne une moyenne de 170 inhumations par an.[retour] 

 

 

 

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