• Les rois carolingiens ou leurs comtes, ont souvent réussi à vaincre les Vikings dans les rares batailles rangées où ils les ont affrontés. Ils n’ont jamais pu les expulser de leurs bases ni s’opposer aux raids de pillages répétés. Charles le Simple décida donc d’accorder aux Vikings de la Seine la concession d’un commandement et d’un ressort territorial, avec ses revenus, en échange de la paix et de l’aide militaire.

    L’accord aurait été passé en 911 à Saint-Clair-sur-Epte, à la frontière du territoire normand. Il n’est vraiment attesté que par un acte de la chancellerie de Charles le Simple, daté de 918, qui fait brièvement mention de terres concédées aux Normands de la Seine.

    De fait ou de droit, l’accord fait de Rollon le nouveau comte de Rouen, mais impose en retour le baptême du chef viking païen, acte politique autant que religieux. Le territoire concédé à Rollon abrite toujours une population en majorité chrétienne qu'il ne peut pas ignorer. Il se doit de négocier avec leur chef naturel, l’archevêque de Rouen et avec l’ancien représentant du pouvoir royal sur la région, le duc des Francs, marquis de Neustrie et bientôt roi, Robert, qui lui donne son nom de baptême. Le viking Rollon devient le "comte Robert".

    Rollon lui-même et son entourage sont sans doute restés proches de leurs traditions païennes mais le nouveau comte n'en cherche pas moins l’appui de l’Eglise et favorise notamment le retour des reliques à l’abbaye Saint-Ouen, prés de Rouen. Il s’efforce d’imposer le respect du droit et de la paix civile. Sa justice est l’objet de récits édifiants.

    Mais le chef des Normands travaille aussi à agrandir son domaine. En 924 il se fait confirmer la possession du Bessin et de l’Hiémois et dirige ses attaques à l’ouest sur les Bretons du Cotentin et de l’Avranchin. Et c’est toujours en Viking qu’il lance des expéditions vers l’est, dans le comté de Flandre. La côte normande est encore un repaire pour les bandes vikings, notamment celles qui opèrent en Angleterre, et Rouen, un marché pour le produit des pillages.


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  • Exilé de Norvège, Rollon aurait commencé sa carrière comme mercenaire au service d'un roi anglo-saxon, que certains auteurs identifient à Alfred le Grand (871-899), contre les Danois occupant le nord-est de l’île. Opérant ensuite en viking pour son propre compte, il s’installe peut-être dès 876 dans l’embouchure de la Seine. On suppose qu'il a pris part aux attaques menées contre Paris - peut-être au long siège de 886/887  - et en a profité pour mener ses propres affaires en Normandie s’emparant ainsi de Bayeux et d’Evreux.

    Dès cette époque, les Vikings installés sur le cours inférieur de la Seine semblent avoir voulu étendre leur territoire vers l'Ouest. Saint-Lô est prise en 890 après un long siège, mais l’expédition normande est aussitt vaincue par une coalition des chefs bretons. Par ailleurs, Rollon n’a sans doute pas autorité sur tous les groupes scandinaves installés dans la région  mais dès la fin du Xe s., il est devenu l’interlocuteur obligé des marquis de Neustrie. Il serait aussi resté en relations avec ses alliés anglais dans des opérations contre le royaume danois de York.

    Rollon est encore un homme entre deux mondes. Chef reconnu par les puissants de son temps, à la veille d’accéder au rang de prince territorial, il continue de s’associer aux expéditions de pillage saisonnières qui sont la caractéristique de l’activité des Vikings. Sans toujours en sortir vainqueur. En 911, il essuie une sévère défaite à Chartres. Mais sa position reste assez forte pour qu’il puisse négocier l’accord qui va donner naissance à la Normandie.


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  • L

    'avant-dernier roi anglo-saxon d'Angleterre fut Edouard le Confesseur qui acquit une réputation d'incompétence auprès de bien des historiens. Son règne fut ponctué de crises politiques dont il ne fut cependant pas toujours la cause. Edouard accéda au trône en 1042, à la suite de la mort soudaine d'Harthacnut, le dernier roi scandinave d'Angleterre. Fils du roi Ethelred II (le "mal-avisé") et d'Emma de Normandie, Edouard était l'héritier légitime du trône. Mais il avait passé une grande partie de sa vie en Normandie, et il débarqua en Angleterre sans la réputation de chef de guerre sur laquelle un roi devait pouvoir s'appuyer pour dominer l'aristocratie et assurer sa position. Une telle réputation s'avérait particulièrement nécessaire à une époque où les invasions scandinaves constituaient toujours une menace bien réelle.

    Tout au long de son règne, Edouard fut confronté d'une part aux ambitions des Normands de son entourage et d'autre part à celles des comtes anglais, conduits par Godwin de Wessex. Au début le comte Godwin eut apparemment le dessus : Edouard épousa Edith, fille de Godwin, mais le couple n'eut pas d'enfants. La position de Guillaume, duc de Normandie, se trouva renforcée par la défaite des rebelles normands au Val-ès-Dunes en 1047. Ainsi, en 1051, Edouard se sentit capable d'ignorer le protégé de Godwin comme candidat à l'archevêché de Cantorbéry et nomma un Normand. Puis, Godwin et sa famille furent contraints à l'exil à la suite de l'échec d'une rébellion.

    D'après des sources normandes, c'est à cette époque qu'Edouard aurait offert au duc Guillaume de Normandie la succession au trône d'Angleterre. Godwin ayant retrouvé son influence juste avant sa mort en 1053, son fils Harold lui succéda et consolida la position de leur famille à tel point qu'en 1060 le clan de Godwin était maître de tous les comtés principaux, à l'exception de la Mercie. Edouard envoya Harold en Normandie en 1064 ou 1065, pour des raisons qui sont restées obscures. Après avoir débarqué en territoire ennemi, Harold fut accueilli par Guillaume de Normandie et, selon des sources normandes, jura d'accepter le duc comme roi d'Angleterre. Pourtant Harold prit la couronne à la mort d'Edouard en 1066.


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  • Princes / Dames / Clercs / Barons (suite)

    Princes

    Jean Sans Terre (Oxford, 24 décembre 1167 - Newark, 19 octobre 1216)

    Dernier fils de Henri II Plantagenêt, Jean n'a pas obtenu de biens équivalents à ceux que les révoltes de ses aînés ont arrachés au roi. Au mépris de l'autorité paternelle, Richard Coeur de Lion refuse de céder à Jean l'Aquitaine (1184) et celui-ci échoue dans une expédition en Irlande (1185). Mais en 1189, il participe à la dernière révolte contre son père. A la mort d'Henri II, Jean négocie avec Richard et obtient le comté de Mortain et de grands domaines anglais tandis que son frère s'embarque pour la croisade. En l'absence de Richard, croisé puis captif (1190-1194), Jean se rapproche de Philippe Auguste. Il tente de s'emparer de la régence d'Angleterre et laisse le roi de France envahir la Normandie. Au retour de Richard (1194) il fait sa soumission et se voit reconnaître comme héritier à sa mort (1199). Mais les barons d'Anjou, du Maine et de Touraine, appuyés par Philippe Auguste soutiennent Arthur de Bretagne, fils de son frère Geoffroy (mort en 1186). Une querelle avec ses vassaux aquitains, donne au roi de France le prétexte de prononcer la confiscation de ses fiefs continentaux (1202). Philippe Auguste s'empare de la Normandie, de la Touraine et de l'Anjou (1204-1205). Le Poitou, la Saintonge, et une partie de l’Aquitaine passent sous sa domination entre 1206 et 1207. Après ses défaites en France, Jean perd progressivement le contrôle de son royaume d'Angleterre. Il est excommunié en 1209 à l'occasion d'un nouveau conflit entre le Pape et le souverain anglais pour l'élection de l'archevêque de Canterbury. Le roi Jean doit se soumettre et renouveler, dans des conditions bien plus défavorables,  l'engagement pris par son ancêtre Guillaume le Conquérant de tenir le royaume d'Angleterre de l'autorité du Pape (1213). Jean reprend la guerre contre le roi de France et s'allie au comte de Flandre et à l'empereur Otton IV de Brunswick. Son armée ne fait pas partie des vaincus de Bouvines (1214) mais il est lui-même défait à la Roche-aux-Moines. Son affaiblissement favorise un soulèvement de ses barons qui obtiennent de lui la Grande Charte (1215), garante de leurs privilèges. Les révoltés ont offert la couronne à Louis de France, fils de Philippe Auguste, débarqué dans l’île en mai 1216 et s'y maintenant jusqu'à la mort de Jean (oct. 1216), sans réellement remettre en cause la transmission de la couronne à Henri III (1216-1272).

    Malcolm Canmore, roi d’Ecosse (mort en 1093)

    Malcolm III, connu sous le nom de Canmore ou "grosse tête" accéda au trône d’Ecosse en 1057 après sa victoire sur Macbeth (personnage immortalisé par la pièce de Shakespeare). Pendant son règne l’Ecosse commença à évoluer vers le modèle de la monarchie anglo-normande. La seconde épouse de Malcolm, Marguerite, sœur d'Edgar Aetheling, était issue de la lignée des rois saxons d'Angleterre. Malcolm attaqua le nord de l’Angleterre en 1070 mais dut se soumettre à Guillaume le Conquérant en 1072 (traité d’Abernethy). Cependant les razzias continuèrent jusqu'en 1079 avant que le traité ne soit renouvelé à Falkirk en 1080. Malcolm envahit la Northumbrie en 1091 avant d'être contraint à rendre hommage à Guillaume le Roux pour les terres conquises en Angleterre. Enfin en 1093, lors de son ultime incursion contre l’Angleterre, Malcolm tomba dans une embuscade tendue par le comte de Mowbray près du château d’Alnwick et fut tué avec son fils et héritier, Edouard.

    Owain, roi de Gwyned, Pays de Galles († 1170)

    Owain devint roi de Gwynedd dans le nord du Pays de Galles à la mort de son père Grufydd ap Cynan en 1137. En 1135, il avait profité de la mort d’Henri Ier pour se révolter contre l’emprise anglaise, capturant Mold, en Powys, ainsi que des terres situées entre les rivières Conwy et Dee, avant de menacer Ceredigion dans le Cardiganshire. Mais après les campagnes d’Henri II dans le Pays de Galles en 1157, Owain dut se soumettre à l’autorité du roi anglais; cependant, il se remit en campagne contre le Powys en 1160 et s’empara du château de Rhuddan. Il passa le reste de sa vie à s’opposer aux Anglais, essayant même de conclure une alliance avec le roi Louis VII de France.

    Richard Ier (v. 932 – Fécamp, 996), comte de Rouen (942 – 996)

    Fils de Guillaume Ier Longue Épée et de sa concubine bretonne Sprota, Richard est mineur à la mort de son père. Il est mis sous tutelle et exilé à Laon par le roi carolingien Louis IV d’Outremer qui s’empare de Rouen, en son nom. Les Normands restés fidèles à Richard obtiennent le secours d'une flotte envoyée par Harald à la Dent Bleue, roi de Danemark. Louis IV est vaincu et capturé (945). En 946, Rouen sera encore vainement menacée d'une armée coalisée - Louis IV d'Outremer, Otton Ier de Germanie, Arnoul de Flandre - mais Richard se range désormais dans la camp des Robertiens, souche des rois capétiens. A la mort de Hugues le Grand, il devient tuteur de Hugues Capet (roi en 987), dont il épouse la sœur Emma (960). Une nouvelle menace du nouveau roi carolingien Lothaire et de son allié le comte de Chartres, est repoussée en 962 grâce à d'autres mercenaires vikings. Richard peut se consacrer à l'organisation de son duché, favorisant notamment l'Eglise. Veuf, il épouse sa concubine danoise Gonnor, dont il a plusieurs enfants, son héritier Richard, Robert, qui sera archevêque de Rouen et établit son lieu de résidence favori à Fécamp dont il choisit l’abbaye pour sa sépulture.

    Richard II, duc de Normandie (996 – 1026)

    Fils de Richard Ier et de Gonnor, le règne de Richard II commence par la répression d'une insurrection paysanne contre les exactions des grands seigneurs (997). Richard s'appuie sur les membres de sa famille, souches d'une aristocratie - les Richardides - qui détiendra les plus hautes charges laïques et ecclésiastiques. Mais le duc favorise également les réformateurs de l'Eglise, notamment les moines clunisiens. Richard maintient son alliance avec le roi Robert le Pieux, dont il devient un proche conseiller et soutient les campagnes en Flandre, Bourgogne et Champagne. Il mène une active politique d'alliances matrimoniales : sa sœur Emma est mariée au roi anglais Ethelred (1002). Sa fille, Alice épouse le fils du comte de Bourgogne, Renaud (1005 / 1006). Il épouse lui-même Judith (1008), sœur du comte de Rennes, s'opposant ainsi au comte d'Anjou, Foulques Nerra dans cette région. Il entre en guerre contre le comte Eude de Blois (1013/1014), veuf de sa fille Mathilde. Richard II est le premier à porter le titre de duc de Normandie. Tombé malade en 1026 et il vient mourir à l'abbaye de Fécamp.

    Richard III, duc de Normandie († 1027)

    Fils du duc Richard II, désigné comme héritier par son père mourant, Richard III doit tout de suite affronter son frère Robert qui n'a reçut que le comté d'Hiémois. Il vient l'assiéger à Falaise puis conclut la paix avec lui. Il meurt peu après, à Rouen, peut-être des suites d'un empoisonnement dont son frère Robert est suspecté par certains chroniqueurs.

     


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