• LE PONT DES DOUZE (siège de Paris, en 885-886)

    Le 25 novembre 885, les Normands commencèrent le siège de Paris et donnèrent le premier assaut. Cet hiver-là, la température fut exceptionnellement froide. Les eaux de la Seine débordèrent, par suite des grosses pluies, avec une telle violence qu'elles couvrirent la campagne voisine.

    Comme le petit bras du fleuve avait été en partie comblé par les Normands, les eaux, gênées dans leur cours, ne tardèrent pas à renverser les piles du petit pont de bois qui joignait la Cité à la rive gauche, le pont Saint-Michel ; de sorte que la tour du Petit-Châtelet, isolée de la ville, se trouva à la merci des Normands postés au bas de la montagne Sainte-Geneviève, et il fut désormais impossible aux Parisiens de secourir les douze soldats que Gozlin y avait placés ce 6 février 886.


    Dès le lendemain matin, comme on devait s'y attendre, les Barbares commencèrent à investir la tour. Mais ce fut en vain qu'ils en sapèrent le pied en poussant des cris de rage, ce fut en vain qu'ils sommèrent les Douze de capituler. Aussi, leur fureur augmentant en raison de l'inutilité de leurs efforts, n'hésitèrent-ils pas à recourir à l'incendie. Ils apportèrent au pied de la tour du bois, de la paille et de la résine, y mirent le feu, et obligèrent ainsi les assiégés, après un combat de quelques heures, à se réfugier sur la première arche du pont, la seule qui pût rester sur pied. Les Douze se défendirent encore jusqu'au soir.

    Pont Saint-Michel et rue Neuve-Saint-Louis
    au XVIIe siècle, par Cruyl

    Cependant, leurs forces étaient épuisées ; ils se trouvaient incapables d'opposer une plus longue résistance, et ils prêtèrent l'oreille aux propositions des Normands, qui leur promettaient la vie sauve moyennant une forte rançon.

    Ils déposèrent donc les armes ; mais pendant que l'un d'eux, Hervé, prenait le chemin de la ville pour aller chercher la somme convenue, les assiégeants massacrèrent les autres, à l'exception d'un seul qui, d'après quelques historiens, serait parvenu à se sauver à la nage. S'ils avaient épargné Hervé, c'est qu'ils l'avaient pris pour un grand seigneur et qu'ils pensaient, en conséquence, en tirer une riche rançon.

    Hervé était un homme courageux. Choisi par Gozlin, dont il avait justement la confiance, pour défendre la tour du Petit-Châtelet, il se serait cru déshonoré en survivant à ses frères d'armes. Brandissant son épée, il se précipita au milieu des Barbares et vendit chèrement sa liberté. Les Normands s'emparèrent de lui, le lièrent, et, après l'avoir tué, jetèrent dans la Seine son cadavre et ceux de ses compagnons.

    Cet épisode du siège de Paris est digne de mémoire. Les Douze paraissent mériter d'être placés au nombre des patriotes les plus dévoués. On a pensé qu'il pouvait être juste d'élever à leur mémoire quelque monument, ou tout au moins d'inscrire leur nom à l'endroit même où ils ont montré tant de vaillance. Le pont Saint-Michel pourrait être appelé le pont des Douze.


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