• GUILLAUME 2ème du nom

    GUILLAUME 2ème du nom:

    IVe Seigneur de Belléme et d'Alençon.

        Après le meurtre de Robert 1er dans la prison de Ballon, Guillaume, son frère, quatrième fils de Guillaume ler, prit possession des seigneuries, à défaut d'héritier en ligne directe, Robert étant mort sans postérité connue.

        Secondé par ses vassaux, et principalement par Giroye de Courcerault, dont le dévouement pour la famille de Belléme ne connaissait point de bornes, Guillaume Il recouvra les terres, et reprit les places que les Manceaux avaient enlevées à son frère dans le Sonnois et dans le Perche, pendant sa captivité.

        Guillaume Il, plus connu sous le nom de Talvas, ne tarda pas à se brouiller avec Geoffroy ler, seigneur de Mayenne, au sujet des limites de leurs seigneuries respectives, du côté du Sonnois et du Passais; à en résulta une guerre dont nous ignorons les détails.

        Giroye, malgré son attachement aux Belléme, se rangea en cette occasion du côté de Geoffroy, dont les prétentions lui paraissaient mieux fondées; le seigneur de Mayenne, vaincu par Talvas dans un combat qu'ils livrèrent, devint son prisonnier. Giroye, qui avait tant de droits à la reconnaissance du sire de Belléme, intercéda pour le prisonnier et sollicita sa mise en liberté. Talvas resta sourd à toutes ses prières, et inaccessible à toute proposition raisonnable; Il consentit seulement à briser les fers de Geoffroy, à la condition que Giroye ferait raser la forteresse de Montaigu, qu'il tenait de la générosité du sire de Mayenne.

        Quelque dure que fût la condition, l'âme généreuse du seigneur de Courcerault ne balança pas à faire ce sacrifice, pour obtenir la liberté du malheureux Geoffroy; la forteresse fut démolie et les portes de la prison souvrirent.

        Sensible à ce généreux sacrifice, Mayenne, sorti de son cachot, voulut dédommager son libérateur de la perte de Montaigu; il fit donc construire pour lui le château de Saint-Céneri, sur une roche escarpée, à deux lieues et demie sud d'Alençon, y attacha des vassaux pour aider à le défendre en cas d'attaque .

        Ce Talvas, suivant tous les historiens et chroniqueurs, ne démentit en rien le sang qui coulait dans ses veines; il surpassa de beaucoup, en cruauté et en scélératesses son père et ses frères. En voici deux principaux exemples, rapportés par Guillaume de Jumiéges.

        Il avait épousé en premières noces Hildebourge qu'Odolent-Desnos nomme Cudefort, fille d'Arnoult ou Arnulphe, d'une très noble famille; il en eut deux fils, Robert, qui mourut fort jeune, Arnoult et une fille nommée Mabile, célèbre dans les fastes de notre histoire par ses; attentats et son excessive cruauté. Comme Hildebourge, ou si l'on veut Cudefort, était un modèle de vertus, d'une piété consommée, et adonnée à toutes sortes de bonnes œuvres, elle gémissait continuellement sur les crimes de son indigne époux, qu'elle tâchait, mais en vain, de ramener par tous les moyens possibles, à des sentiments plus humains.

        Souvent en apprenant quelque nouvel acte de férocité, dont il s'était rendu coupable, elle ne pouvait s'empêcher d'exprimer hautement son mécontentement, et de manifester son indignation. Obsédé de ses remontrances, fatigué de ses censures, le barbare couronna ses premiers forfaits par un attentat plus horrible encore que tous les précédents.

        Ne pouvant plus contenir la haine invétérée qu'il avait depuis longtemps conçue contre une compagne, dont la manière de voir était si opposée à la sienne, il la fit saisir un matin et étrangler eu pleine rue par deux de ses valets, chargés de l'office de bourreaux, lorsque suivant sa pieuse coutume, elle allait à l'église pour entendre la messe.

        Le peuple qui chérissait cette dame, manifesta par ses larmes et son indignation, l'horreur qu'il ressentait d'un si affreux spectacle.

        Alençon fût le théâtre de cette scène barbare, qui fut bientôt suivie d'une autre, dont voici les détails:

        Peu de temps après ce forfait, il pensa à contracter de nouveaux noeuds. Il demanda à ce sujet la main d'Hildeburge, veuve de Thescelin, seigneur de Montreveau ,et fille de Raoul II, vicomte du Mans, et invita à ses noces plusieurs seigneurs du pays, entre autres Guillaume Giroye, avec lequel il paraissait très bien remis.

        Soit pressentiment, soit connaissance plus approfondie du cœur humain, et de toute la perversité dont pouvait être capable un homme de la trempe du seigneur de Belléme, un frère de Guillaume Giroye, Raoul, surnommé Male couronne ou Mauvaise tonsure, parce qu'étant ecclésiastique, il avait plus de penchant pour les exercices chevaleresques que pour les paisibles fonctions du sanctuaire, augurait mal de cette invitation, où probablement devait avoir lieu la première entrevue entre Talvas et Giroye, depuis leur différend.

        Il fit donc tout son possible, épuisa toutes les ressources de son éloquence, employa tous les moyens de persuasion pour détourner de son frère le malheur qu'il pressentait, en l'empêchant de se rendre aux noces honteuses de ce féroce bigame, et de donner dans le piège qu'il lui tendait.

        La fatalité voulut que tant de sages et si amicales représentations échouassent contre la ténacité du malheureux Giroye, qui ne pouvait soupçonner que d'horribles embûches pussent lui être dressées sous un si riant appât.

        Il ne tarda pas à connaître, mais trop tard, combien sa confiance était mal fondée, et combien étaient justes les vives alarmes de l'amour fraternel.

        Au jour indiqué, Giroye, sans armes et sans défense accompagné seulement de douze cavaliers, part de son château pour se rendre à Alençon, bien disposé à prendre part aux plaisirs de la tête; mais à peine a-t-il franchi le seuil du château, que le farouche Talvas altéré du sang de sa victime le fait saisir comme traître et félon, et jeter dans un cachot au fond d'une tour, qui jusqu'en 1782, où elle fut détruite, porta toujours depuis le nom de Tour du Chevalier Giroye.

        Le dîner terminé, Belléme et ses convives partirent pour la chasse. C'est pendant leur absence que les satellites du tyran, chargés de l'exécution de son noir projet, remplirent leur exécrable mission. Après avoir tiré Giroyé de son cachot, ils lui coupèrent le nez et les oreilles, lui crevèrent les yeux, et pour comble de scélératesse, ils lui firent subir un autre genre de supplice, que la pudeur nous défend de spécifier ici.

        L'ayant donc réduit à cet horrible état, ses bourreaux le congédièrent, et le petit nombre de personnes présentes, saisies d'horreur à ce spectacle, éclatèrent en sanglots. A la nouvelle de l'affreux attentat commis par Talvas, sur la personne de son malheureux hôte, l'indignation de sa famille ne connut point de bornes; animés par le plus vif ressentiment, les deux frères de la victime, Robert et Raoul Giroye, intrépides chevaliers, se levèrent avec leurs beaux-frères, leurs neveux et autres parents, pour déclarer à Talvas une guerre à mort, et tirer une vengeance éclatante de l'affront fait à leur noble et puissante famille, dans la personne de son chef. Au nombre des preux, décidés à tout oser et à ne reculer devant aucun obstacle pour punir l'attentat, on voyait figurer Vauquelin, seigneur du Pont-Echanfray, Robert de GranteMesnil, Roger sire du Merlerault, et Salomon-de-Sablé, beaux-frères du mutilé,         Robert-de-Saint-Céneri, son neveu, fils de Foulques Giroye; les trois fils d'Ernault Giroye, seigneurs de Courcerault et petits-fils d'Hidiarde, sœur du même Guillaume Giroye; les enfants et petits enfants de douze autres filles de la même maison , qui toutes avaient épousé de riches et vaillants seigneurs; enfin, un grand nombre d'autres parents ou alliés de la même famille se présentèrent en armes, suivis de leurs vassaux, pour prendre part à l'expédition contre le farouche auteur du crime.

        Chacun l'attaqua de son côté, tous se débordèrent comme un torrent sur le Bellèmois, l'Alençonnais et le pays de Domfront, et bientôt ces vastes domaines devinrent le théâtre de toutes sortes de pillages, d'incendies et d'horreurs, tels qu'on pouvait attendre d'une multitude furieuse, dévorée de la soit d'une horrible vengeance. Arrachés de leurs maisons saccagées et en flammes, les vassaux de Talvas, tombés au pouvoir des Giroye, étaient emmenés captifs comme un vil troupeau de bétail. Pour forcer ce même Talvas, principal objet de la vengeance, à sortir de ses retraites pour tenir la campagne, on lui adressait sous les remparts des donjons inaccessibles, où il se tenait soigneusement renfermé, les plus ignominieuses insultes, les provocations les plus humiliantes et les plus sanglants défis; mais rien ne fut capable de piquer son amour-propre, ni de l'engager à en venir aux mains.

        Comme la lâcheté est souvent le caractère de la tyrannie, il dévorait ces affronts sans oser faire face à ses provocateurs; devenu depuis longtemps l'exécration de ses vassaux, et connaissant le peu de fond qu'il pouvait faire sur leur dévouement, la sécurité de sa personne lui faisait un devoir impérieux de rester renfermé et de vider en silence la coupe d'humiliation qu'il s'était lui-même préparée. Fatigués du joug dont ils étaient écrasés les habitants de sa seigneuries du Perche, principalement ceux de Domfront et d'Alençon, profitèrent des circonstances critiques où il se trouvait, pour se déclarer contre lui et faire cause commune avec les Giroye.

        De tous les côtés s'élevait un concert de malédictions contre le malheureux Talvas; partout l'horizon pour lui se chargeait de sombres nuages; partout grondait la tempête prête à lancer la foudre.

        Un des plus mortels ennemis de la maison de Belléme, Geoffroy martel, comte d'Anjou, usurpateur du comté du Maine, et persécuteur de l'évêque Gervais, qu'il avait chassé de son siège après sept ans de captivité, vint déployer sa bannière avec celles des Giroye.

        Cet ambitieux, insatiable de puissance et de richesses, profitant du mécontentement des peuples de l'AIençonnais et du Passais, contre leur suzerain, sut pratiquer des intelligences dans les deux villes dont il se rendit maître, et qu'il garda en sa possession, jusqu'à l'époque où le duc de Normandie, Guillaume le conquérant, les lui arracha, pour les rendre plus tard à leur ancien possesseur.

        A tant de douleur vint s'en joindre encore une autre, qui malgré la perversité de Talvas, dut néanmoins être pour lui la plus poignante de toutes le ciel, pour punir ses forfaits, permit que la nature violât à son égard ses lois les plus sacrées, en armant contre lui la main de son propre fils. instruit à l'école d'un tel père, témoin journalier de tant d'actions criminelles, Arnoult, fils unique de Talvas, partagea pour lui la haine universelle; sollicité par ses propres vassaux, il ne balança pas à prendre part à la révolte et à contribuer, de tout son pouvoir, à l'expulsion de son père du sein de ses domaines.

        En butte à tant d'attaques, harcelé de tous côtés, et par les Giroye, et par Geoffroy Martel et par le seigneur de Mayenne; Odieux à ses vassaux et à son propre fils, l'infortuné Talvas, traqué comme une bête fauve, traîna quelque temps une vie errante et malheureuse, toujours aux aguets, sans cesse entre la vie et la mort, craignant jusqu'à son ombre, tremblant même au moindre bruissement d'une feuille, n'ayant pas sur la terre un seul ami véritable. il prit enfin le parti de s'éloigner de ses terres pour demander un asile à quelque seigneur du voisinage.

        Ayant trouvé l'occasion de s'échapper, il se réfugia auprès du vicomte d'Hyesmes Roger, IIème du nom, sire de Montgommery, parent et favori de Guillaume le conquérant, duc de Normandie Roger fit au fugitif l'accueil le plus favorable, et lui offrit l'hospitalité la plus généreuse.

        Talvas, pour lui en témoigner sa reconnaissance, lui offrit en mariage sa fille, Mabile et lui fit la cession de tous ses biens et dignités, qu'il avait perdus par sa mauvaise conduite, même des seigneuries de Belléme et du Sonnois, qu'il conservait encore.

        Montgommery, en habile politique, voyant l'immense avantage que lui procurait cette alliance, à cause des grands biens de Talvas, accepta la main de sa fille, et garda chez lui son beau-père qui y vécut en paix jusqu'à la fin de ses jours. Plusieurs historiens, entre autres ceux du Perche, ne font aucune mention de l'époque de sa mort, qui suivant l'auteur de la statistique de l'Orne pour 1854, dut arriver en 1052, au château de Domfront, que lui avait rendu le duc Guillaume, et qui par le mariage de Mabile, appartenait alors à Roger Il, de Montgommery, ainsi qu'Alençon et les seigneuries du Perche et du Sonnois.

        On ignore s'il eut des enfants de sa seconde femme; nous savons seulement, qu'outre les trois enfants du premier lit savoir: Robert, mort dès l'an 1035, Arnoult et Mabile, femme de Montgommery il laissa trois bâtards Olivier, Warin, et Raoul.


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