• Bavière (Sophie de)

    Sophie Charlotte de Bavière, née le 22 février 1847, est la plus jeune des cinq filles de Max Joseph, chef de la maison ducale de Bavière et de la duchesse Ludovicia. Sa sœur aînée, "Sissi", deviendra impératrice d'Autriche et reine de Hongrie. Son enfance se déroule au bord du lac de Starberg, entouré de forêts et bordé à l'horizon par les glaciers d'Inspruck. En grandissant, Sophie devient une belle jeune fille, cultivée et douée pour les arts. Elle est élevée dans l'affection des humbles et le sentiment de la fraternité humaine ; elle pratique la marche, l'équitation, l'aviron... ; on lui enseigne l'histoire, les langues étrangères, la musique... ; elle sait coudre, préparer un dîner... Nature romantique d'une intense réceptivité, perpétuellement fragile, ses fiançailles éprouvantes avec le roi Louis II de Bavière lui causent ses premières souffrances et déceptions.

    À la fin de l'été de 1867, Sophie fait la connaissance de Ferdinand d'Orléans, nommé duc d'Alençon lors de sa naissance le 12 juillet 1844. Il est le fils du duc de Nemours, lui-même second fils du roi Louis-Philippe. De leur mariage d'amour, célébré le 28 septembre 1868 à Possenhofen, dans la chapelle familiale, naîtront deux enfants, Louise, le 9 juillet 1869, et Emmanuel, le 18 janvier 1872.

    Au seuil de 1869, Sophie et Ferdinand, proscrits en France, s'installent au château de Bushy, dans la campagne londonienne, puis à Palerme au mois de décembre. L'année suivante, ils sont à Naples, à Rome et à Possenhofen. C'est en retournant en Angleterre qu'ils apprennent que Napoléon III a déclaré la guerre à la Prusse le 19 juillet. Le 4 septembre 1870, le Second Empire est renversé et le Gouvernement provisoire de la République vote l'abrogation des lois d'exil. Après la naissance du prince Emmanuel survenue au Tyrol, la duchesse et le duc d'Alençon s'installent en France, au début du printemps 1872, à Vincennes, où Ferdinand est attaché au 12e régiment d'artillerie.

    Après avoir entendu, en 1876, un sermon donné par un dominicain, Sophie décide d'adhérer totalement à l'Évangile, de pratiquer la pauvreté volontaire et de renoncer aux joies permises. Elle dit adieu à la musique, au théâtre, aux lectures, aux belles toilettes, etc. Faut-il s'en tenir aux préceptes, quand on vit dans le monde, ou suivre les conseils de l'Évangile? Cette dualité qui la déchire ruine toute paix et toute joie et déchaîne en elle une affreuse crise qui durera longtemps. Elle se précipite alors dans les œuvres de charité et chez les gens les plus pauvres ; elle y fait la vaisselle, cache quelques pièces d'or dans les tasses, visite les malades à l'hôpital... Le 30 avril 1880, elle entre dans le tiers-ordre de Saint-Dominique. Trois mois plus tard, son mari se fait tertiaire de Saint-François. La duchesse se lance dans une frénésie de renoncement, ponctuée de jeûnes, de veilles et de prières. En 1884, elle tombe dans un état de dépression et souffre de la déchéance de son mari qui, conséquence des événements politiques a été mis en non-activité le 23 février 1883. Elle reprend enfin goût à la vie quand, le 25 mai 1886, un projet de loi envisage d'expulser tous les membres de la famille d'Orléans. Le 25 juin, Ferdinand envoie sa femme et ses enfants en Autriche.

    Le destin s'acharne. De 1889 à 1896, huit décès vont survenir dans la famille. Après celle de son père, le 25 juin 1896, Ferdinand d'Orléans devient le chef de la branche cadette de la maison de France et s'installe à Paris avec son épouse.

    La duchesse d'Alençon poursuit son œuvre de philanthropie et se fait la confidente des déshérités. Le 4 mai 1897, elle se rend au Bazar de la Charité, rue Gougeon, pour présider l'ouverture de la vente de bienfaisance annuelle. Dans le hall long et étroit dans lequel sont entassés les comptoirs, constructions de planches et de décors, 1 200 badauds se pressent. Soudain, un incendie se déclare au cinématographe. Avec une rapidité vertigineuse, les flammes gagnent les comptoirs. Les voiles goudronnés servant de toiture s'effondrent. Dans la cohue, la foule s'enferme elle-même sur toute la longueur du hall. Le bazar n'est plus qu'un brasier au milieu duquel se produisent des scènes d'une horreur indescriptible. La duchesse, à l'une des extrémités du hall, répète : "Pas de panique, sauvez-vous, je sortirai la dernière..." Elle encourage à la récitation d'une prière puis tente de rejoindre son mari à l'autre bout qui tente d'organiser une évacuation. On s'efforce de la sauver malgré elle, mais elle se dégage : "Sauvez les autres" dit-elle en congédiant ses suivantes pour assurer leur salut. Mais il est trop tard. En vingt minutes, cent vingt-deux personnes, dont la duchesse, périssent, et on compte environ quatre cents blessés.


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