• Le martyre de la Normandie, prix de la libération de la France

     

        Dans les prévisions d'Overlord, la libération de la Normandie devait être accomplie en trois semaines. Il aura fallu quatre fois plus de temps pour y parvenir. Les Alliés ont peiné et perdu dans la bataille plus de 200 000 hommes, dont 37 000 morts. Mais les Allemands ont laissé dans l'affrontement une grande partie des forces dont ils disposaient à l'Ouest, avec près de 400 000 prisonniers, blessés ou tués ainsi que la plus grande partie de leur matériel et de leurs chars. Ils ont résisté trois mois, jusqu'aux plus extrêmes limites de leurs possibilités, avant de s'effondrer totalement. Dans ces conditions, la libération de la France fut aussi rapide et aisée que celle de la Normandie avait été longue, difficile et coûteuse. Les Alliés sont à Paris le 25 août, Patton devant Verdun le 31.

    Des villageois fleurissent la dépouille d'un GI, mort pour leur libération


           Près de 20 000 morts parmi la population civile. Caen, Lisieux, Coutances, Saint-Lô, Vire et bien d'autres villes anéanties; de paisibles villages rasés. Des activités économiques largement désorganisées. Des trésors artistiques et culturels disparus à jamais. La Normandie portera longtemps en elle les traces laissées par la guerre.

    Son martyre a été la rançon de la libération nationale. Il est bon qu'aujourd'hui personne ne l'oublie; comme il est juste que chacun associe dans son souvenir le sacrifice d'une région et de ses habitants à celui de ces hommes jeunes, venus d'outre-Atlantique ou d'outre-Manche, reposant à jamais dans la terre normande qu'ils étaient venus libérer.

     



    20 000 Normands ont payé de leur vie la Libération


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  • La fin de la bataille de Normandie

     

       Les troupes allemandes qui ont échappé au désastre de la « Poche de Falaise » se replient vers la Seine, harcelées de toutes parts par des détachements de FFI et poursuivies par les Alliés.

       A
    vançant rapidement au travers du Pays d'Auge, les Britanniques libèrent Lisieux le 25 août. La ville a été très éprouvée par les bombardements dans lesquels ont péri un millier de ses habitants. Plus au nord, la brigade belge du colonel Piron et la brigade néerlandaise « Princesse Irène », de concert avec la 6e Airborne britannique, longeant la côte, libèrent Cabourg, Dives, Deauville, Trouville et enfin Honfleur. Au sud, les Canadiens sont à Bernay ; les Américains à Evreux, Louviers, Elbeuf.

    Les britanniques entrent dans Lisieux


        Coincés entre l'avance des Alliés et la Seine dont les ponts ont été détruits, les Allemands vont pourtant parvenir à s'échapper. La tentative pour les enfermer dans une nouvelle poche n’aboutira pas. Tous les moyens seront bons pour franchir le fleuve : sur des bacs, en radeau, en voiture amphibie, en barque, voire parfois à la nage.

       A
    u total, et d'après un rapport officiel britannique, les Allemands auraient réussi l'incroyable exploit de faire passer 240 000 hommes,30 000 véhicules et un peu moins de 150 chars. Leurs pertes en matériel se seraient élevées à environ 4 000 véhicules et  une cinquantaine de chars, détruits par l’aviation ou tout simplement tombés en panne d'essence.

     



    La brigade belge du colonel Piron à Sallenelles


     

     

       Cependant, parvenus sur l'autre rive, toute résistance leur est désormais devenue impossible et les débris d'une armée exsangue n'ont plus d'autre solution que de se replier rapidement vers les frontières du Reich, sans se retourner. Paris est libéré le 25 août.

         La garnison du Havre, elle, forte de 11 000 hommes, est restée sur place et n'entend pas se rendre sans combattre. Les Allemands ont fait de la ville un formidable camp retranché, hérissé de lourdes batteries d'artillerie et truffé de casemates de béton. La forteresse est protégée sur trois côtés par la mer, la Seine et une vallée inondée. La seule voie d'accès, au nord, est protégée par un impressionnant système défensif, bien étalé en profondeur, avec notamment un gigantesque fossé antichar et des dizaines de milliers de mines.

    Troupes allemandes passant la Seine sur des bacs


           Fonçant sans s’arrêter vers Bruxelles, qu’il atteindra le 4 septembre, Montgomery a laissé à son 1er corps d’armée la mission d’enlever la ville. Comme l'assaut risque d'être meurtrier, la RAF est appelée à la rescousse. Les 60 000 Havrais restés dans la cité vont vivre l'enfer. Les 5 et 6 septembre, c'est le massacre : les quartiers du centre sont anéantis par les bombes explosives et incendiaires.

        Le 10 au soir,débute l'offensive Astonia. Précédés de chars spéciaux, deux divisions d'infanterie et trois brigades blindées s'élancent, derrière un foudroyant barrage d'artillerie. L'assaut est resté légendaire par sa précision et sa rapidité. Les chars « fléaux » ouvrent des brèches dans les champs de mines, tandis que les terrifiants lance-flammes « Crocodiles » sèment l'effroi parmi les défenseurs. Le 12 septembre, le Havre est libérée. Mais à quel prix ! Environ 2 000 civils ont péri dans les ruines d'une ville rasée à 85%.

     

    Les ruines du Havre


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  • Le rôle de l'aviation dans la bataille de Normandie

     

        L’aviation a tenu une part capitale dans le succès des Alliés en Normandie. Dans ce domaine, il est vrai, ils disposaient d’une supériorité écrasante sur les Allemands. La Luftwaffe, qui ne pouvait mettre en ligne qu’un peu plus d’un millier d’avions, dut se contenter d’apparitions sporadiques dans le ciel normand, ne montrant une réelle activité que sous le couvert de la nuit.

    Réarmement d'un chasseur-bombardier "Thunderbolt" sur un aérodrome américain en Normandie


            Face à elle, les forces aériennes alliées affichent une puissance impressionnante, avec 11 000 appareils disponibles, soit dix fois plus. Les bombardiers lourds du Bomber Command de la RAF et de la VIIIe US Air Force continueront de détruite les nœuds de communication dans les jours qui suivront le Débarquement afin de ralentir la montée des renforts allemands. Ils seront également utilisés pour préparer le terrain par des missions de « Carpet bombing » (bombardements de saturation) lors de grandes offensives, comme ce fut le cas avant le déclenchement des opérations « Charnwood », « Goodwood » ou « Cobra ».

     



    B-24 "Liberator" en mission de bombardement sur la plaine de Caen


     

     

           Mais le rôle essentiel fut certainement celui que joua l’aviation tactique qui, sans trêve, apporta son soutien aux troupes combattant au sol. L’activité inlassable des chasseurs ou chasseurs-bombardiers de la 2e Tactical Air Force britannique et de la IXe US Air force fut l’une des causes essentielles de la victoire alliée. La construction – commencée dès les heures qui suivirent le Débarquement - d’une bonne cinquantaine d’aérodromes sur le sol normand, principalement dans le Cotentin et le Bessin, leur permit d’accroître encore leurs capacités d’intervention.

    Bombardier moyen A-20 "Havoc" au-dessus du Cotentin


          

        Spitfire, « Thunderbolt », « Mustang », « Lightning » et « Typhoon »tenaient le ciel normand, fondant sur la moindre concentration de troupes allemandes, attaquant sans répit les convois ennemis, semant la terreur et la mort sur les routes. Ce sont, par exemple, ces appareils qui brisèrent à eux seuls la contre-offensive allemande de Mortain au début du mois d’août 1944.

     

    Aménagement d'un terrain d'aviation en secteur britannique. (IWM)


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  • La bataille de la poche de Falaise

     

     

        La contre-attaque hasardeuse de Mortain va précipiter l'écroulement allemand et la fin de la bataille de Normandie. Bradley et Montgomery ont en effet décidé d'exploiter sans retard la situation nouvelle. Il peuvent en effet prendre au piège les divisions ennemies, imprudemment avancées vers l'ouest, par un large mouvement d'encerclement.

       D
    es instructions sont immédiatement données en conséquence. Le XVe corps américain, qui a investi Le Mans le 9 août, reçoit l'ordre de remonter rapidement vers le nord, avec en pointe, la 2e division blindée française du général Leclerc, débarquée dans le Cotentin au début du mois. Le 12, celle-ci s'empare d'Alençon, traversant la ville au milieu de l'allégresse générale, avant de foncer sur Ecouché puis Argentan.

    Colonne américaine dans Bagnoles-de-L'Orne


       Dans le même temps, Montgomery a relancé l'offensive au sud de Caen. Dégarni d'une partie de ses forces blindées envoyées vers Mortain, le front allemand est rompu. Non sans difficultés, car l’ennemi tout en battant en retraite est encore capable d'infliger à ses adversaires de terribles revers, comme à Estrées-la-Campagne, où un régiment blindé canadien est sévèrement malmené. A force d'énergie, et en enchaînant attaque sur attaque (opérations Totalize I et II, Tractable), les Canadiens et les Polonais de la 1re division blindée du général Maczeck, fraîchement engagée dans la bataille, s'approchent de Falaise. La ville est enfin investie le17 août. Reste à opérer la jonction avec les Américains, maintenant aux portes d'Argentan

     



    La 2ème DB du général Leclerc entre dans Alençon


     

     

       Les VIIe armée et Ve armée blindée allemandes - ou du moins ce qu'il en reste - soit près de 150 000 hommes, sont en passe d'être encerclées. Le 16 août, Hitler a enfin donné l'ordre de repli général, d'ailleurs déjà largement entamé. Depuis le 14, en effet, des unités refluent en essayant de se frayer un chemin vers la Seine. Le commandement s'efforce surtout de sauver ce qui reste de ses divisions blindées. Le gros de l'infanterie, dispersée dans le Bocage et livrée à elle-même, se précipite dans un désordre croissant vers l'étroit passage restant ouvert entre Argentan et Falaise qui s'amenuise de jour en jour.

    La 1ère division blindée polonaise


       Sous la pression conjuguée des Américains et des Français au sud, des Britanniques à l'ouest, des Canadiens et des Polonais au nord, l'étau se resserre inexorablement entre Argentan et Trun, où se déroule le dernier acte de la tragédie. De tous côtés, l'artillerie alliée pilonne un ennemi pris au piège et désemparé. La retraite, peu à peu, se transforme en fuite éperdue vers le « couloir de la mort », entre les villages de Chambois, Saint-Lambert, Trun et Tournai-sur-Dives. où des meutes de chasseurs-bombardiers se livrent à un impitoyable carnage. Comme le piège tarde à se refermer, en raison d'une série de mésententes entre alliés, plusieurs dizaines de milliers d'hommes réussissent pourtant à sortir de la poche. Mais au matin du 21 août, celle-ci est définitivement bouclée.      

     
     La bataille de la poche de Falaise ne fut pas vraiment, comme on l'a souvent dit, un « Stalingrad en Normandie », puisque près de 100 000 Allemands réussirent à échapper aux Alliés entre le 12 et le 20 août. Il est vrai cependant qu'ils durent laisser dans la nasse une grande partie de leur matériel, 50 000 prisonniers et 6 000 morts. Visitant le champ de bataille ou s’entassaient, pêle-mêle, cadavres d’hommes ou d’animaux et débris de véhicules carbonisés, le général Eisenhower dira : « C'est une des plus grandes tueries de la guerre ».

     

    Les canadiens ont investi Falaise


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  • La poussée alliée et la contre-attaque de Mortain

     

       Le 1er août, les Américains ont réorganisé leur dispositif. Patton, à la tête de sa IIIe armée, nouvellement formée, donne une phénoménale impulsion à la bataille. En moins de trois jours, sept divisions, soit plus de 100 000 hommes et 10 000 véhicules, franchissent l'étroit goulet ouvert au sud d'Avranches, avant de se déployer en éventail. L'un de ses corps d'armée marche sur la Bretagne, un second en direction de la Loire, le troisième tournant vers Le Mans.

       Pendant ce temps, la 1re armée américaine progresse plus difficilement vers l'est, en remontant les vallées de la Sée et de la Sélune. L'assaut est coordonné avec celui que le XXXe corps britannique a déclenché, lui aussi, en attaquant à partir de Caumont-l'Eventé en direction du sud, dans le cadre de l'opération Bluecoat. Le relief tourmenté du Bocage, ses routes étroites et tortueuses, sa végétation épaisse, ralentissent l'avance des Alliés. Les Allemands ne reculent que lentement, disputant le terrain avec acharnement.

    L'opération "Bluecoat"; les Britanniques avancent dans le Bocage. (IWM)


         Le 2 août, les Américains, après cinq jours de combats, entrent dans Percy, libèrent Villedieu, Saint-Hilaire-du-Harcouët avant de pénétrer le lendemain dans Mortain. De leur côté, les Britanniques ont pris Villers-Bocage et ce qui reste d'Aunay-sur-Odon, anéanti par les bombardements aériens du mois de juin. Après avoir péniblement conquis le Mont-Pinçon, ils avancent en direction de Vire par l'est, mais rencontrent bientôt la forte résistance des 9e et 10e divisions blindées SS.

    C'est alors que survient un véritable coup de tonnerre. Au matin du 7 août, les Allemands lancent de part et d'autre de Mortain une contre-attaque blindée d'envergure. L'opération Lüttich a été montée de toutes pièces au grand quartier général de la Wehrmacht, contre l'avis des chefs militaires sur le terrain. L'objectif, défini par Hitler en personne, est d’enfoncer les lignes américaines pour atteindre la baie du Mont-Saint-Michel, à 30 kilomètres de là, en cisaillant au passage le goulot d'Avranches. Coupées de leur ravitaillement, les troupes de Patton seront isolées et tomberont comme des fruits mûrs.

     

    Poste de transmissions américain lors de la contre-attaque de Mortain


     

      Pour ce faire, quatre Panzerdivisions ont été déplacées dans le plus grand secret, renforcées par de l'infanterie. Bénéficiant de l'effet de surprise et du brouillard matinal, les Panzers percent et avancent en certains secteurs d'une dizaine de kilomètres. Mortain, sévèrement bombardée dans la nuit par la Luftwaffe, est momentanément reprise. La 30e division américaine reçoit le choc de plein fouet et doit refluer. Certaines de ses unités se retrouvent encerclées, comme le fameux "bataillon perdu", assiégé au sommet de la cote 314, une colline à l'est de la ville, qui résistera héroïquement durant six jours aux assauts répétés des SS.

    Véhicule américain M8 capturé par les allemands lors de la contre-attaque de Mortain


          Mais le 7 août en début d'après-midi, le brouillard se lève enfin et la bataille change de visage. Les chasseurs-bombardiers alliés fondent par vagues sur les colonnes blindées allemandes, attaquant au canon et à la roquette. Les divisions allemandes sont clouées sur place, perdant plus de 150 chars en quelques heures. Au soir du 7 août, l'échec est patent. Hitler vient de jouer à Mortain son dernier coup de dé en Normandie. Il a perdu !

     

    Colonne allemande détruite par les chasseurs-bombardiers alliés


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